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  Réflexions philosophiques, par Patrick de Villenoisy

Est considéré comme sacré ce qui a rapport au religieux, au divin, par opposition au profane (Larousse 1994).

L'enseignement des papes montre si l'on écoute Pie XII que de la forme donnée à la société, conforme ou non aux lois divines, dépend et découle le bien ou le mal des âmes ... D'où ce devoir sacré, pour tout chrétien de créer des conditions sociales capables de rendre à tous possible et aisée une vie digne de l'homme et du chrétien.

On voit donc que la politique est plus que les autres un art sacré, celui de conduire les peuples vers leur destin éternel. Dans ce domaine, le chef qui manque à sa mission compromet, en même temps que sa personne éphémère, le principe éternel qu'il représente.

Il y a une mystique du chef et Gustave Thibon parle de "grandeurs d'établissement" en relatant que : "pour X et moi, notre snobisme concerne l'aristocratie : la rencontre d'un Habsbourg ou d'un Bourbon, par exemple, nous emplit de je ne sais quel tremblement ébloui, celle d'un président de la République nous laisse absolument froids. Pourquoi cet enthousiasme sélectif ? J'y vois deux raisons. La première c'est qu'un nom historique évoque les époques où la puissance terrestre s'auréolait d'un reflet du sacré, d'une allégeance divine (l'Oint du Seigneur, la Sacrée Majestée, etc) - confusion de Dieu et de César, certes, mais quelque chose de Dieu passait tout de même à travers César, le Gros Animal baignait dans une lumière presque extra-terrestre : il occupait le haut du monde comme un rêve dit le poète de je ne sais quel monarque. La seconde est que l'aristocratie actuelle inspire le respect parce qu'elle a perdu l'épaisse réalité de la puissance temporelle pour n'en conserver que l'impondérable auréole, de sorte qu'on vénère en elle un passé déjà émigré vers l'éternel".

Mais en réalité chaque homme a un caractère sacré pour le chrétien et c'est ainsi qu'autrefois on a pu dire que, même dans le foyer le plus modeste, le père était roi des enfants; et au sommet le roi était le père des pères. Saint-Paul traitait magnifiquement du caractère sacré de l'autorité paternelle : "C'est pourquoi je fléchis le genou devant le Père, de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom". Il y a donc des choses qui étaient tabou car peut-il y avoir encore du sacré là où il n'y a plus de tabou ?

Pour Simone Weil, "le vocabulaire du courant de pensée dit personnaliste est erroné. La personne n'est pas ce qui, en nous, a droit au respect. Ce qui est sacré, bien loin que ce soit la personne, c'est ce qui, dans un être humain, est impersonnel... La vérité, la beauté habitent le domaine des choses impersonnelles et anonymes. La perfection est impersonnelle. La personne en nous, c'est la porte de l'erreur et du péché. Ce qui confirme ma répulsion presque viscérale devant toutes les déclamations sur " l'éminente dignité de la personne humaine". Reste la question suivante : si ce qui rend un être sacré, c'est sa participation à ces réalités impersonnelles que sont la vérité, la beauté, l'amour, etc... pourquoi cette participation est-elle accordée à certaines personnes et refusées à d'autres ? On débouche ainsi sur un personnalisme au second degré : le caractère sacré de la personne humaine tient à sa faculté de s'effacer devant l'impersonnel et, en fonction même de cette transparence, de conférer à l'impersonnel la saveur et le magnétisme qui émanent d'un être unique entre tous". Elle dit encore, "la fonction la plus haute de la culture - au sens le plus large du mot qui inclut les sciences et les techniques - est de réduire (ne pas confondre avec minimiser) le divin et le sacré à ce noyau infinitésimal - reflet de l'infini dans le fini - qui, par sa transcendance même, échappe aux limites de toute culture".

Gustave Thibon se pose donc la question de savoir si aucune amélioration n'est possible pour l'homme ? Il répond : si, à condition de rester fidèle à ce principe que la perfection humaine réside dans le rapport exact de la finitude à l'infini, du relatif (le relié) à l'absolu (le délié) - le sacrilège étant de distendre ou de rompre ce lien, la "connexion sacrée" de Marc Aurèle. - Le vrai progrès consiste donc à rétablir ce rapport, c'est-à-dire à réduire le plus possible l'excentricité de la gravitation de notre âme autour du centre divin. Travail de mise au point aussi indéfini que le faux progrès et ses mirages, mais ayant, au lieu du néant, la perfection pour asymptote...

Et je ne comprends rien à l'être de mon être,
Tant de dieux ennemis se le sont disputé. (Maurras)

Il suffit, pour trouver la paix, de se donner à un seul de ces dieux et de regarder les autres avec une indifférence dévalorisante. Quelque chose d'analogue à l'élection amoureuse, puis à la fidélité conjugale : la femme éternelle, c'est la mienne, et je ne regarde plus les autres, sinon pour les comparer, à leur détriment, à l'élue et à l'unique. On y perd en lucidité, on y gagne en profondeur. Pas de fidélité sans œillères : la pensée libre est aussi volage que l'amour libre...

En fait on a, ou l'on a pas le sens de la hiérarchie des valeurs, et l'on ne discute pas avec ceux qui la nient car pour nous hiérarchique veut dire : où l'origine du commandement est sacrée.

En effet, où va-t-on si l'on nie nos valeurs chrétiennes ? L'hérésie perturbatrice, qui d'un côté, nie le péché originel, affirmant de l'autre que l'homme n'a pas besoin d'une direction divine, cette hérésie conduit d'abord à affirmer la souveraineté de l'intelligence, ensuite à affirmer la souveraineté de la volonté, et enfin à affirmer la souveraineté des passions, trois souverainetés perturbatrices. En dernière analyse et en dernier résultat, toutes ces erreurs, dans leur variété presque infinie, se résolvent en une seule, laquelle consiste en ce qu'on a méconnu et faussé l'ordre hiérarchique, immuable de soi, que Dieu a mis dans les choses. Cet ordre établit la supériorité hiérarchique de tout ce qui est surnaturel sur tout ce qui est naturel et, par conséquent, la supériorité hiérarchique de la foi sur la raison, de la grâce sur le libre arbitre, de la providence divine sur la liberté humaine, de l'Eglise sur l'Etat, et, pour tout dire à la fois et en un seul mot, la supériorité de Dieu sur l'homme.

Celui qui refuse un maître hors de lui-même n'est plus le maître de lui-même. La fin de l'homme, en effet, fait bloc avec l'essence de l'homme, et il n'est pas possible de supprimer la première sans déchirer la seconde. Comment un être qui n'est plus un avec sa source pourrait-il rester un en lui-même ?

"Que se passe-t-il en effet, nous disent Claude Rousseau et Claude Polin, si l'on se donne une société où les hommes sont réunis non plus tellement parce qu'ils discernent, plus ou moins confusément, une valeur à la sociabilité comme telle, mais plus simplement, et en quelque sorte plus cyniquement, par l'utilité particulière que chacun y trouve pour la poursuite de ses intérêts particuliers ? Si l'on se donne une société où, pour parler comme Jean-jacques Rousseau, chacun s'unissant à tous veuille pourtant demeurer aussi libre qu'auparavant, où l'on n'accepte jamais aucune des contraintes de la vie commune qu'autant qu'elle soit compensée par l'avantage qu'on en retire; si l'on se donne, en un mot, une société où chaque citoyen est proclamé être souverain, de telle sorte qu'il n'y ait plus de principes de valeurs ou d'idées qui soient sacrés à moins que la volonté de tous les ait proclamés tels ? La réponse coule de source : Tout règlement, valable pour tous c'est-à-dire imposable à tous, va inéluctablement paraître receler une menace pour la liberté de l'individu, et le politique comme tel constituer le lieu et le principe générateur de toutes ces menaces. Le politique est condamné à être un mal, auquel on ne va cesser de chercher à porter remède".

On voit bien qu'aucun acte du pouvoir politique, aucun exercice de ses fonctions régaliennes ne satisfera personne s'il n'est pas dominé par le respect d'idées auxquelles tous souscrivent nécessairement parce qu'ils savent au fond d'eux-mêmes qu'elles ne sont au service de personne en particulier. C'est trop clair. Il faut une justice à la justice. On peut certes nier l'existence de normes éternelles, mais à la condition de comprendre que l'on condamne alors l'existence sociale à n'être au mieux qu'une trêve, au pire la continuation de la guerre, mais par d'autres moyens (Dans quelle mesure un monde fait par l'homme est-il un monde fait pour l'homme ?). Ces normes éternelles, ces principes pour le chrétien existent, ils furent révélés aux hommes, comme il était naturel qu'ils le soient, si l'on veut qu'ils soient sacrés, c'est-à-dire s'il leur faut être indiscutables, n'être pas seulement le produit d'une convention entre les hommes.

Le phénomène et la question ne sont pas nouveaux et dans les sociétés les plus anciennes ils se sont posés : quelles sont en effet les origines de l'onction royale :

La consécration du roi est sans doute d'origine préhistorique à en juger par sa diffusion sur tous les points du globe. Nous la trouvons dans les trois groupes de sociétés humaines : celui du Pacifique et de l'Amérique, puis celui de l'Inde, et, enfin, celui de la Babylonie, de l'Egypte et d'Israël. On trouve dans chacun d'eux ce que les sociologues appellent un rite de passage. L'individu se transforme en personne morale. Sous les formes symboliques de la liturgie on voit apparaître un sacrifice et une résurrection, signifiant que le roi meurt en tant qu'individu et renaît en tant qu'âme commune de son peuple. Il reçoit successivement une lustration d'eau, figure du baptême, puis une onction et, enfin, les insignes de la royauté. Dans le second groupe, celui de l'Inde, c'est une lustration d'eau parfumée qui est faite sur le roi lors de son avènement. La notion du sacrifice est au contraire essentielle dans les pays du troisième groupe : Babylonie, Egypte et Israël. Là s'est élaboré le symbolisme de l'onction royale qui tient aux racines mêmes de l'institution monarchique. C'est par lui que l'autorité devient légitime, indiscutée et que, s'élevant au-dessus de toute contestation, elle peut s'affermir et étendre de plus en plus ses prérogatives. Dans les religions primitives de l'Egypte, de Babylonie et de Canaan, les rituels reproduisent le même thème général, "un drame où les prêtres et les membres de la famille royale représentent la mort et la résurrection du roi qui est en même temps le Dieu". De la monarchie assyrienne nous avons conservé un rituel de consécration qui semble dater du XIIIème siècle avant notre ère, et où l'ordre des cérémonies rappelle celui qui fut suivi en Occident. Le roi, venant du palais, pénètre dans le temple, monte sur une estrade et se prosterne.

Plus tard, la question est donc de la légitimité du pouvoir et on a eu dans l'histoire plusieurs conceptions, celle de l'empire qui commence à dépérir au XIIIème siècle avec la nouvelle philosophie. C'est l'aristotélisme qui s'impose alors dans les milieux intellectuels occidentaux avec une conception du pouvoir politique contraire à celle de l'Empire et d'ailleurs à toutes les royautés antérieures au Moyen âge. Cette conception était basée sur la notion d'Etat contre la notion d'Empire et de Royauté. L'Empire était fondé en Dieu; l'Etat selon l'aristotélisme, est fondé dans l'ordre naturel humain, l'homme étant, par nature, zôon politikon. L'aristotélisme et la philosophie scolastique sont à l'origine de la laïcisation progressive du pouvoir temporel sans parler de l'influence croissante du Droit Romain qui devait donner naissance au phénomène des Légistes d'Ancien Régime. Mais le Droit romain aurait pu être compris dans un tout autre esprit - à preuve ce qui se passa à Bizance - si son étude ne s'était pas développée dans l'atmosphère de l'aristotélisme politique. Saint Thomas d'Aquin lui-même n'a pas bien vu comment sa politique inspirée d'Aristote battait en brèche la doctrine très orthodoxe qu'il avait définie en tant que théologien. Si l'on s'était tenu à la référence à Platon, on aurait probablement évité le rationalisme en philosophie et le pragmatisme de l'empire en politique. Bref, le jeu combiné de ces diverses causes devait battre en brèche, dès le XIIIème siècle et surtout à partir du XIVème siècle, la conception orthodoxe du pouvoir temporel en Europe et la notion de chrétienté unitaire. L'érosion fut lente et surtout en France la royauté garda longtemps son caractère sacré.

Le rite du sacre chez nous est très précis : l'Archevêque prend la couronne et la porte à lui seul au-dessus de la tête du roi sans la poser. Aussitôt, les onze autres pairs y mettent la main pour la soutenir. Le sens de ce rite a été exposé dans un mémoire produit en 1341 par Jean de Montfort contre Charles de Blois : " Les pairs, y lit-on, sont comme les pierres précieuses de la couronne et ils font partie de la personne du roi. Dans le couronnement ils mettent la main à la couronne... parce qu'ils doivent juger avec le roi". Tel est le sens constitutionnel. Il s'y ajoute un sens spirituel que confèrent les pairs ecclésiastiques. L'Archevêque dit : "recevez cette couronne du royaume, que nos mains, bien qu'indignes, posent sur votre tête, afin que vous n'ignoriez pas que par elle vous participez à notre ministère. Ainsi, de même que dans l'ordre intérieur nous sommes reconnus les pasteurs et les directeurs des âmes, vous, dans l'ordre extérieur, vous soyez le défenseur de l'Eglise de Dieu contre toutes les adversités... Ainsi vous serez glorifié sans fin avec le rédempteur et sauveur Jésus-Christ dont nous croyons que vous portez le nom (étant oint) et vous tenez la place"

Il existe suffisamment de livres sur la question du sacre pour que nous ne l'évoquions pas plus avant sauf pour dire un mot du symbolisme des trois habits royaux qui est très riche : Tout d'abord, ils sont en rapport direct avec le caractère sacerdotal conféré au roi par l'onction; en effet, ils sont les attributs des trois degrés du sacerdoce : la tunique, du sous-diaconat; la dalmatique, du diaconat; le manteau, de la prêtrise. Les trois vêtements sont réunis sur une statue de Charles Le Chauve conservée à Saint-Denis. Le plus important de ces habits est, sans contredit, le manteau dont les travaux des érudits disent qu'il dérive de celui du Grand-Prêtre d'Israël qui était de couleur hyacinthe, violette ou bleue, bordé de grenades et de clochettes.

La sacralité inhérente à la fonction royale se manifeste dans l'énoncé de son objet même qui est essentiellement d'assurer aux hommes la justice, la paix et l'abondance. Or, qui prétendra sérieusement que ces biens puissent être accordés à l'homme sans que celui-ci l'obtienne de la bienveillance de Dieu ? La justice véritable, la paix véritable et une abondance de biens qui ne soient pas artificielles, ne sont réalisées que dans la conformité à la loi divine. Le problème est que l'on n'envisage plus actuellement la Loi divine que sous son aspect moral; aspect certes très important mais qui n'est pas le seul. La tendance à n'envisager que le côté moral est la conséquence de l'individualisme qui a créé un fossé non seulement entre l'individu et ses semblables, mais encore entre les hommes et le monde. Or la Loi divine embrasse tout le créé et par conséquent, l'action humaine, si l'on veut qu'elle soit réellement correcte et bénéfique, doit s'insérer dans le mécanisme total de la nature de façon à se conformer totalement à la Loi divine sous tous ses aspects. C'est pourquoi, dans les sociétés traditionnelles, tous les actes de la vie, si humbles soient-ils, sont mis en quelque sorte "en résonance" avec l'univers, et ce par le jeu des symboles. A fortiori en va-t-il de même pour les actes capitaux que sont le culte divin et le gouvernement des hommes.

C'est le sentiment de la présence divine dans le roi qui était réellement le lien de la société. Par le sacre, le roi devenait l'expression visible, en même temps que l'instrument, de l'union de Dieu avec son peuple; et c'est par là qu'il réalisait l'intégration de la communauté. On a dit que le roi formait avec son peuple une "corporation", c'est à dire une communauté vraiment organique. Par le sacre le roi "mourait" comme individu pour renaître comme Homme communautaire, s'intégrant chacun des membres de la communauté. Cela doit se comprendre à la lumière de la doctrine théologique du "Corps Mystique" : de même que, sur le plan spirituel, tous les fidèles sont un dans le Christ, formant avec Lui un seul Corps, de même, sur le plan temporel, ils sont un dans le roi, "image du Christ" sur terre. Le roi, le fils aîné de l'Eglise, s'intègre toute la communauté, il récapitule son peuple, comme le Christ "Premier-né de la Création", récapitule tout l'univers.

Les capétiens avaient réalisé la haute synthèse de l'amour chrétien réciproque et de la suprême sagesse de se donner au peuple; car le roi, sa famille et ses biens étaient la propriété de la nation qui pouvait ainsi les aimer naturellement et qui les a chérit des siècles durant. Notre esprit moderne étroitement logique ne comprend plus la possibilité de se soumettre au prince dont on est propriétaire; il a oublié qu'entre l'obéissance et la propriété, il y avait le sacre. Et c'est précisément lorsque le sacre eut perdu de sa valeur transcendante et que le pouvoir fut considéré avec la froideur d'un simple contrat, que le peuple propriétaire commença à demander des comptes à ses princes.

Sous l'ancienne France, le pouvoir était considéré comme d'origine divine et revêtait en conséquence un caractère religieux et sacré. Il était exercé par une seule personne, mais dans certaines limites fixées par la loi.

En gros, on peut distinguer deux conceptions faites de deux séries d'idées, d'ailleurs liées et mêlées à des degrés divers. Le prince apparaît, tantôt comme semblable à ces nombreux êtres doués de dons divins qu'on appelle les mamina, dieux ou "esprits", comme une espèce de dieu visible, émanation ou incarnation divine, dieu-homme ou homme-dieu; tantôt comme le mandataire de la Divinité, le dépositaire et l'exécuteur de Sa Volonté, inférieur à Elle, choisi par Elle, certes, mais aussi jugé par Elle. Ces deux conceptions peuvent se définir, la première, la royauté divine, la seconde, la royauté par la grâce divine.

La conception doctrinale qui éclaire toute la constitution de l'ancienne France considérait que la nation choisit la royauté et Dieu investit le roi, porte parole de la royauté, du pouvoir de gouverner la nation. Le roi ne doit donc jamais perdre de vue qu'il tient d'une part sa dignité de la nation, d'autre part son autorité de Dieu. Rien ne doit donc être plus sacré aux nations que la constitution primitive et fondamentale des états disait Fénelon et Bossuet considérait qu'il y a des lois fondamentales qu'on ne peut changer... C'est principalement de ces lois fondamentales qu'il est écrit qu'en les violant, on ébranle tous les fondements de la terre, après quoi il ne reste plus que la chute des empires.

Sous le règne de Louis le Débonnaire, le concile tenu à Paris en 829 proclame par exemple : "Aucun roi ne doit dire qu'il tient son royaume de ses ancêtres, mais il doit croire humblement qu'il le tient en vérité de ce Dieu qui a dit : c'est de moi que viennent la prudence et la force, par moi règnent les rois... Quant à ceux qui croient que les royaumes de ce monde leur viennent de leurs ancêtres, ils sont semblables à ceux que Dieu réprouve en ces termes, par la voix du prophète : ils ont régné par eux-mêmes et non par moi, ils ont été princes et je ne l'ai pas su."

On peut donc s'en tenir à la définition très large, conforme à l'enseignement traditionnel, en disant qu'est sacrée toute royauté qui se reconnaît comme exerçant un mandat céleste confirmé par un acte de l'autorité spirituelle et des rites appropriés.

Si on reconnaît au roi une autorité suprême, elle ne lui est pas reconnue comme un bien qu'il possède, mais accordée pour remplir une fonction qui le dépasse, et dont il faut qu'un autre que lui soit témoin et le juge. Cette double logique fit mûrir un admirable système politique, ou du moins son idéal. Il fallait qu'il existât une autorité suprême, qui passât celle de chaque homme, et pourtant il était impossible qu'elle appartînt à un homme. Il apparut que l'on satisferait à ces deux conditions contradictoires en distinguant deux formes de pouvoir; en instituant au temporel un pouvoir qui fût sacré, et pourtant subordonné; et en instituant un autre pouvoir, qui fût supérieur au premier, mais, parce que la souveraineté réelle ne peut appartenir qu'à Dieu, ne fût pourtant pas non plus souverain : ce qu'on obtint en lui confirmant une compétence exclusivement spirituelle.

C'est qu'il n'est point d'institution humaine en mesure d'imposer à toutes les nations une sorte de code international adapté à notre époque, analogue à celui qui régissait au Moyen-Age cette véritable société des nations qui s'appelait la Chrétienté. Elle aussi a vu commettre, en fait, beaucoup trop d'injustices; du moins, la valeur sacrée du droit demeurait incontestée, règle sûre d'après laquelle les nations avaient à rendre leurs comptes.

La question du droit est d'ailleurs essentielle car l'autorité sans les libertés n'est plus qu'une tyrannie et les libertés sans l'autorité, une anarchie. En vérité, nous dit Vincent Cordonnier dans "Le Roi Existe au-dessus de nos guerres civiles", "là où la dialectique oppose artificiellement la thèse à l'antithèse, il y a complémentarité et symphonie. Encore faut-il un chef d'orchestre et ce n'est pas la synthèse, mais la transcendance du sacré. Et dans tous les ordres, il existe un sacré : en biologie, c'est la vie; dans la société, c'est le bien commun; dans la métaphysique, c'est l'être; dans la religion, c'est la transcendance divine; et en politique c'est la monarchie. Enlevez la transcendance sacrée, l'Eglise devient cléricale, la monarchie tyrannique et la justice arbitraire".

En conclusion on voit bien que dans une société, l'équilibre est nécessaire entre les interdits et les transgressions. Or, une société profane, rationalisée, où le pouvoir est ligoté par une constitution écrite et qui ne connaît que des interdits (ou des tabous tout-puissants) est dans l'impossibilité de tolérer, encore moins de créer des transgressions; elle est par essence totalitaire. Au contraire, le monde sacré peut tolérer et conjurer les transgressions et celles-ci doivent être accordées par le pouvoir : "Le monde profane est celui des interdits, le monde sacré s'ouvre à des transgressions limitées" (Battaille). Pour que le pouvoir puisse être à l'origine à la fois des interdits et des transgressions, il faut qu'il transcende les liens de la loi, donc qu'il soit absolu - mais non totalitaire - c'est-à-dire sacré.

On me dit qu'il faut expliciter cette conclusion et je suppose montrer que la religion catholique est la source de la liberté et de la tolérance, qu'en dehors d'un pouvoir qui trouve sa source dans cette religion on ne peut trouver que des pouvoirs humains et donc totalitaires.

Cela peut aussi se démontrer par cette raison que "dans une société il n'y a que deux répressions possibles : l'une intérieure, l'autre extérieure; la répression religieuse et le répression politique. Elles sont de telle nature que, lorsque le thermomètre religieux s'élève, le thermomètre de la répression politique baisse, et que réciproquement, lorsque le thermomètre religieux baisse, le thermomètre politique, la répression politique, la tyrannie monte. C'est une loi de l'humanité, une loi de l'histoire". (Donoso Cortes). C'est surtout une loi qui tient compte de la réalité de la nature humaine car si nous pouvions tous être des saints cette loi n'aurait plus de raison d'être.

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