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par André Kerloc'h, mercredi 27 juillet 2011, 14:28
     
me0000065752_3.jpg Le sacre du roi Charles VII

        En ces temps où le sécularisme, le relativisme, la perte des repères et du sens, envahissent de plus en plus nos sociétés occidentales, jadis chrétiennes, il est bon de donner à nos contemporains des textes qui peuvent étancher leur soif.

 

       Bien entendu, cela fera encore grincer les dents de ceux qui par conviction ou pragmatisme, pensent que ce n’est pas comme cela, que nous restaurons la monarchie, puisque les pratiquants ne représentent plus que 4% des croyants.

 

        Je répondrais à ces « grincheux », que si nos sociétés se passent toujours plus de Dieu, le besoin d’intériorité, de spiritualité, de transcendance et de symbolique, se fait également sentir.

 

        Une partie donc de ces personnes, pourraient bien vouloir se tourner vers un régime, qui sans être théocratique, puise son origine et sa légitimité dans un au-delà du profane.

        Voici un texte qui explique les fondements de notre monarchie et du sacre en particulier.

        Le sacre des rois de France se voulait dans la continuité avec la royauté d’Israël et au début, seuls les rois de France, furent sacrés. Les autres souverains le furent par imitation.     

      De la royauté chrétienne

Après avoir brossé très schématiquement les traits caractéristiques de la Monarchie traditionnelle à travers l’Antiquité et à travers les Civilisations d’Orient et d’Occident que nous connaissons, j’aimerais revenir sur les traits caractéristiques de la royauté chrétienne en me fondant plus particulièrement sur la royauté française qui, dans le monde chrétien, a une valeur archétypique.

 

D’abord parce que c’est, chronologiquement, la première monarchie chrétienne ; ensuite parce qu’elle a un rôle central en Occident. Ce qui pourrait distinguer la royauté chrétienne des monarchies antiques, ce n’est pas le fait qu’elle nie le caractère cosmique mais que, d’une certaine manière, elle le dépasse. De fait, dans la royauté antique, pharaonique, africaine, le roi est comme le catalyseur et l’intermédiaire des puissances naturelles. Le roi est, si l’on peut dire comme un arc-en-ciel qui fait le pont entre le monde visible et le monde invisible. Dans la royauté hébraïque, il est en plus l’interprète, et celui qui fait appliquer la loi révélée, celle de Moïse.

 

Dans la royauté chrétienne, le monarque est dépositaire de quelque chose d’autre, qui est la grâce de l’incarnation du Verbe créateur. C’est ainsi que M. Pinoteau, dans son analyse de la symbolique royale peut se dire :

 

« Le roi très chrétien est l’image du Christ sur terre, de même que son lieutenant, comme tous les rois de l’Antiquité ; il représente Dieu ici-bas. Mais l’onction rend la chose plus réelle, car par elle, il s’intègre toute la communauté (il dit « nous ») sur laquelle il règne. Le roi, fils aîné de l’Église, récapitule son peuple par le sacre, de même que le Christ, premier-né de toute création, doit un jour récapituler tout le monde moral, les hommes et les anges. »

 

Néanmoins, cette fonction cosmique, traditionnelle de la Monarchie, est présente dans la Royauté Chrétienne. On peut trouver un exemple significatif dans cette figure de Saint-Louis, roi typique de la conception chrétienne, rendant la justice sous un arbre qui, en l’occurrence, ressemble fort à l’arbre de vie, ou à cet axe du monde dont le sceptre est l’émanation dans toutes les traditions.

 

Cette fonction cosmique se retrouve également dans le pouvoir thaumaturge des rois de France, ce pouvoir guérisseur qui les rattache d’une certaine manière au roi « homme médecine », mais qui est dans ce cas un pouvoir guérisseur, du fait de leur onction du sacre : Certains rois ont perdu ce pouvoir guérisseur, du fait de leur inconduite, ou du fait d’avoir été un temps excommuniés. Ce caractère cosmique de la Monarchie apparaît aussi dans certains éléments, comme en Grande-Bretagne la pierre qui fait les rois, cette pierre censée être tombée du ciel, sur laquelle on devait élever le roi pour affirmer sa légitimité. Cette pierre, d’origine celtique est, encore de nos jours, encastrée dans le trône des rois d’Angleterre.

Du reste, en France on trouve une interprétation curieuse de ce thème de la pierre dans la Sainte-Ampoule, puisque le rituel du Sacre dit :

 

« 0, pierre précieuse tombée du ciel ! »

 

Il s’agit donc à la fois d’une huile et d’une pierre.

Cette fonction cosmique de la monarchie traditionnelle apparaît aussi dans la tradition de la chasse royale, particulièrement développée dans la Monarchie Française. On sait quelle importance a le cerf dans la symbolique propre des Rois de France, et quelle importance avait la chasse dans l’emploi du temps de nos rois et ceci jusqu’à Louis XVI, voire Charles X.

 

Cette chasse va bien au-delà du divertissement, puisqu’il s’agit, dans la forêt qui est l’espace naturel préservé de la corruption (celui où l’on retrouve l’état originel), d’exercer la souveraineté paradisiaque d’Adam sur le règne animal et le règne végétal. D’où le cérémonial et l’étiquette très particulière de la vénerie royale en France. Il y a là comme une espèce de sacrifice rituel (dont l’étude est particulièrement riche) dont les racines sont sans doute très anciennes. La symbolique de la fécondité naturelle appartient de même au rituel des sacres du Roi de France, puisque dans certaines prières, il est dit en s’adressant au Ciel :

 

« Bénis notre Roi afin que son royaume soit enrichi de la graisse de la terre, qu’il ait l’abondance des fruits, la rosée céleste, les fruits de la lune, les fruits du soleil, etc… » (1)

 

La Monarchie française est ornée de tout un symbolisme solaire très riche. Bien évidemment, Louis XIV était surnommé Roi-Soleil. Mais nous trouvons aussi le symbolisme solaire présent dans le titre de dauphin, puisque le dauphin est un des symboles d’Apollon et que c’est le signe du germe solaire présent dans les eaux primordiales. Cette signification cosmique est encore révélée dans le manteau constellé. Le manteau des Rois de France est ainsi analysé par un auteur du XVIIe siècle :

 

« Jadis dit soc ou chape royale, est patronnée sur la chape du ciel, large et étendue en rondeurs comme le ciel, de couleurs d’azur comme le ciel, brillant de fleurs de lys d’or comme le ciel est parsemé de lumières ; le ciel est admiré en sa beauté, sa rondeur uniforme, par toute la terre et la France, que ce manteau royal enserre par sa non-pareille piété et valeur, a pratiqué de tout temps l’étonnement de tous les humains. Tout le monde ne s’est jamais ennuyé de regarder le ciel, ni les vertus de nos rois marquetées sur l’azur de leur manteau royal. L’amplitude de ce manteau a mis ses lumières du côté du Levant, par-delà Jérusalem. Du Couchant, de-là le Portugal. Du midi, plus loin que Tunis. Et du nord, delà les longues nuits d’Écosse. Toutes les provinces de la Terre ont pris et reçu aide quelquefois de la main de nos rois de France. Car l’hermine de leur manteau est douce et blanche. C’est le repos sous la Justice (…) Pour ce, nos rois sont saints et sacrés et c’est pour cela que le roi devait être l’empereur des Romains. »

 

Fonction universelle

On retrouve dans la Monarchie Chrétienne, et notamment dans la Monarchie Française, cette fonction proprement universelle du monarque. Ainsi, l’idée de la royauté cosmique, de l’harmonie planétaire du gouvernement impérial, semble avoir un écho dans les mots de Constantin Porphyrogénète disant que le règne impérial doit ressembler « à l’harmonie et au mouvement que le Créateur a donné à cet univers. »

 

Dans une telle conception, le roi ne peut donc que gouverner en harmonie avec l’univers. C’est le roi universel cosmique.

« S’égalant ainsi à l’ordre secret de l’univers, il devient un roi universel. Non un roi de l’univers, mais un roi qui, sur un territoire plus ou moins vaste fait régner un ordre conforme à l’ordre universel, le royaume s’identifiant du même coup à une maquette magique de l’univers, et la magie royale ayant pour but de réaliser la concordance sympathique du macrocosme et microcosme politiques. Le royaume sera un autre univers. »(3)

 

Ce trait est particulièrement marqué dans la royauté française, par la présence des douze pairs, qui est unique parmi les monarchies chrétiennes. Or, ces douze pairs ont une signification solaire évidente qui donne au Roi de France la signification du monarque universel qui est au centre de la roue aux douze rayons, au milieu des douze demeures du soleil, des douze signes du zodiaque. Le caractère surnaturel mais qui, en l’occurrence ne sera plus divin, du roi chrétien, se retrouve dans sa personne sacrée.

Le livre des proverbes dit déjà (25,1. 2. 3.) :

 

« La gloire de Dieu, c’est de cacher les choses.

 

La gloire des Rois, c’est de sonder les choses :

 

Les cieux dans leur hauteur, la terre dans sa profondeur Et le cœur des Rois, sont impénétrables. »

 

Le caractère surnaturel est surtout dans cette Sainte-Ampoule qui descend du ciel dans le bec d’une colombe et qui illustre, de la façon la plus claire, le mandat du ciel. Il est présent aussi dans le nombre particulier des onctions du Roi de France : sept sur le corps, deux sur les mains – qui font neuf -, une sur la tête, une sur le nombril ou sur le cœur, une entre les deux épaules, une sur chaque épaule, une sur les coudes et une sur les mains.

 

Et les nombres-symboles dont est environné le sacre sont là aussi pour nous signifier qu’il s’agit d’un cérémonial qui transforme le roi en autre chose que ce qu’il était auparavant, c’est-à-dire en une personne qui est dorénavant entièrement consacrée au rôle d’intermédiaire entre le ciel et la terre : le Roi jeûne trois jours avant son sacre – jeudi, vendredi, samedi. Il est éveillé par trois appels. Lorsqu’il dort sur son lit, il est vêtu de trois couleurs : noir, blanc, rouge.

 

Trois prélats accueillent le roi lorsqu’il vient se présenter devant l’église. Il reçoit ses neuf onctions – qui sont trois fois trois. Il y a la présence autour de lui de quatre fois trois pairs. Il y a sept instruments du sacre, trois acclamations « Vivat rex in aeternam. »

 

Enfin, le roi est trois fois oint : par son baptême, par sa confirmation et par son sacre. Les appellations et les titres du roi évoquent eux-aussi sa majesté. Le Roi de France et l’empereur du Saint-Empire avaient en effet le privilège de s’appeler « Majesté ». L’Empereur s’appelait « Majesté sacrée », le Roi de France « Majesté très chrétienne ».

 

Ce n’est que plus tard, que les autres princes de la chrétienté, ont utilisé ce titre qui évoque, comme je l’ai déjà dit, la grandeur divine. Il faut noter aussi que le sang de France, toujours lié avec cette théorie traditionnelle des signes particuliers transmis par le sang royal, était environné d’un respect particulier et de privilèges. Seuls, ceux qui étaient porteurs du sang de France, avaient droit au titre de Prince, en France. Bien évidemment, le crime de lèse-majesté est en soi évocateur, puisqu’il s’agissait d’un acte extrêmement grave. L’atteinte à la majesté royale est en effet considérée comme une profanation.

 

Justice et paix

Dans les attributs de la souveraineté, on trouve également des enseignements très significatifs. La fonction royale archétypique et caractérisée par deux attributs qui sont la justice et la paix. Le trône des rois, tel qu’il est figuré sur les sceaux et sur les monnaies, traduit déjà une symbolique puissante ; en effet, ce trône repose toujours sur quatre animaux, qu’il s’agisse de lions, d’aigles, de loups ou de chiens.

 

Ce n’est pas un hasard. Jean II Le Bon nous a donné l’ultime dérivé de la vision d’Ézéchiel : sur son contre-sceau on voit l’écu de France semé de lis surmonté d’une couronne, adextré d’un sceptre et senestré d’une main de justice, le disque entouré des symboles des quatre évangélistes, l’aigle de Saint-Jean, patron du roi, étant en chef.

Le trône est donc symboliquement le support de la gloire divine. Le jubé, sur lequel est installé le trône du roi au moment du sacre, a la signification d’être un lieu intermédiaire, d’une part entre la nef et le cœur, et d’autre part entre le plan où est le peuple et le plan des voûtes, c’est-à-dire entre la terre et le ciel. Dans son Traité du Sacre dédié à Charles V, Jean Golein écrit ceci :

 

« L ‘échaffaud élevé signifie que le Roy doit en son sacre prendre élévation de vertu et de sens et de avisé regard sur ses sujets, en voyant de haut les grands et les petits également, en leur faisant justice sans exception de personnes de lignages ou de proximité charnelle. Car il y a deux lignages. L’un est charnel et vient de boue dont Adam fut créé. L’autre est du Ciel, de l’angélique nature, et celui-ci est le lignage de l’âme. Pour ce, il est élevé vers le Ciel et éloigné de la terre sur ledit échaffaud, afin qu’il soit plus enclin à celui lignage de l’âme que à celui du corps, et en signifiance qu’il s’élève vers Dieu en obviant aux gracieuses vertus que notre Seigneur lui envoie du Ciel selon ce qu’écrit Saint-Jacques : « Tout très bon don et parfait. descend du Haut Père de lumière, et doit donc le Roy en monter en celui échaffaud par degré, car par ordre gradué les vertus sont données, ainsi que dit David :

« Ibunt de virtute en virtutem », en allant de vertus en autres, on vient jusque à Dieu voir et connaître ».

 

Traditionnellement, le souverain français voyage non sur un char mais sur une monture blanche qui lui est strictement réservée. Le cheval blanc des contes de fées est aussi un cheval réel pour le Roi de France : c’est l’emblème de sa souveraineté. L’Histoire nous présente quelques illustrations curieuses de ce symbole : il est arrivé que l’Empereur du Saint-Empire venant en visite en France soit doté d’une monture noire pour bien signifier qu’il n’était pas empereur en France, que seul le Roi de France avait droit à la monture blanche, monture du souverain …

 

Symboles de la chevalerie parfaite

En ce qui concerne les « regalia », les sept instruments ou joyaux du sacre (les chausses, les éperons, l’épée, l’anneau, le sceptre, la main de justice et la couronne), le même Jean Golein, dans son Traité, en donne la signification suivante :

 

« Ce que on met en ces joyaux sur l’autel démontre que toute enseigne royale et noblesse, doit venir de Dieu. La couronne signifie majesté royale, vraie loyauté, car elle est de ronde figure, sans fin et sans commencement. Ainsi est noblesse royale, sans froissure et sans interruption, et se doit porter sur le chef en signifiance qu’il est sur tout en vraie domination et environnement de Justice, sans décliner plus à l’une partie qu’à l’autre. Ce qu’elle est d’or signifie charité. A fleurons épanouis par bénignité. A pierres précieuses en signe de vertueuse équité. L’épée, mise dedans le fourreau laquelle a deux taillants, signifie :

« prends de Dieu autorité pour défendre les bons et châtier les mauvais ».

 

Le fourreau signifie conseil et bonne délibération en fait de guerre. Le pommeau signifie la retraite que l’on doit faire à la fois par miséricorde et pour ce qui est la croix, en remembrance de la piété que le fils de Dieu.

Roi des Rois, eut de ses amis et de ses ennemis en la croix. La pointe de l’épée signifie que l’on doit les estimer ennemis, estoquer et poindre. La ceinture signifie que tout environ le roi doivent toujours être les ministres de Justice, pour exécuter et faire ce qui appartient à la Justice. Les éperons signifient âpre volonté que l’on a pour charité de soi et les siens ; en œuvre de défense de ses sujets ou envers les oppresseurs. Le sceptre signifie royale majesté en qui doit être droiture par discrétion. La verge (main de justice) signifie châtiment sur les mauvais. Cette verge porta Moïse devant le roi-pharaon, laquelle est gardée en la Sainte-Chapelle à Paris avec les autres reliques. Les chausses signifient vraie constance qui doit être en roi et en ses faits (« appareillé à la défense de l’évangélique foi »).

De ce que dit le prophète :

 

« Soyez constants et vous verrez l’aide de Dieu sur vous à vous secourir ». Et c’est ce qui signifie la couleur violette, qui montre que du Ciel vient l’aide au bon roi. La bordure des fleurs de lys signifie humilité ferme, en manière du paon qui voit sa beauté en sa queue et en ses pieds sa dépression. Car aussi comme la fleur de lys et la plus tendre aussi grandeur d’orgueil est le plus tôt embouée (c’est-à-dire le manteau) semblablement signifie l’avironnement du Ciel, car « ainsi la cotte enceinte et avironne le corps, ainsi le Ciel avironne le royaume ».

 

Les joyaux du sacre (ou les attributs, les « régalia ») sont donnés en deux temps : d’abord le roi déshabillé avant de recevoir l’onction – c’est-à-dire avant d’être symboliquement sacrifié – reçoit les chausses, les éperons et l’épée qui sont les symboles de la chevalerie parfaite, de l’accomplissement dans son état de chevalier.

 

Puis, après avoir reçu les neuf onctions, il reçoit trois vêtements qui sont la tunique du diacre, la dalmatique du prêtre et le manteau royal. Ce triple vêtement, cette triple enceinte si l’on peut dire, le transforme désormais en autre chose que l’individu qu’il était auparavant, et lui donne son nom nouveau. Dès lors, le roi reçoit une coiffe, qu’il doit porter jour et nuit et qui protège le sommet de son crâne où il a reçu la suprême onction – qu’il est le seul à avoir reçue parmi les autres rois.

 

Après avoir reçu ces vêtements, qui sont une protection contre le monde profane, il peut recevoir les quatre autres instruments du pouvoir royal qui sont l’anneau, le sceptre, la main de justice et la couronne. L’anneau est le signe de l’union indissoluble et de l’incorruptibilité que signifie l’or, et de la fidélité à la foi en la Sainte-Trinité. Le Roi de France retrace cette hiérogamie (que j’ai déjà évoquée avec la divinité), en l’occurrence, par l’intermédiaire de l’Église, avec la Sainte-Trinité, et également avec son royaume qui est une communauté mystique.

 

Par le sceptre, il reçoit le pouvoir de commandement donné de la main droite, c’est-à-dire la main de la miséricorde. Par ce sceptre, il légifère pour ordonner la vie de son peuple selon la paix et l’ordre juste. II reçoit aussi dans la main gauche la main de justice, qui est un attribut spécial des souverains français. II s’agit d’un sceptre – ou d’une verge, comme l’on disait anciennement -, terminé par une main gauche avec trois doigts levés d’ivoire (on disait autrefois de licorne).

 

II n’est pas sans intérêt de noter que légendairement, la corne de la licorne était présumée écarter tous les poisons, tester l’eau des fontaines, en somme séparer le pur de l’impur. Cette main gauche de licorne portait au quatrième doigt un anneau d’or orné d’un saphir. Souvenez-vous de ce roi légendaire de Saphir, que d’aucuns assimilent au Roi du Monde, au roi archétypique (Saphir fait allusion au ciel de Jupiter). II s’agit en l’occurrence de la main de rigueur du cosmocrator ; c’est la main du Christ, mais sa main gauche, celle qui peut détruire, foudroyer, comme elle peut bénir et conférer la vie et la puissance.

 

Enfin le Roi reçoit la grande couronne, dite de Charlemagne, qui ne peut pas reposer sur sa tête.

Cette couronne doit être soutenue par les douze Pères. Elle comporte la coiffe sacerdotale et le diadème royal : Sagesse et Gloire. Elle est donc soutenue par les douze Pairs, qui sont dits « Compagnons en la Majesté Royale », comme si ces douze étaient l’assise de l’autorité du monarque, comme s’ils étaient les douze rayons de la roue, la signification du centre spirituel universel, du centre solaire, dont le Roi de France est l’image en Occident. Ces douze réunissent le sacerdoce et le pouvoir temporel puisqu’il y a six Pairs laïques et six Pairs ecclésiastiques, trois archevêques-ducs, trois évêques-comtes, trois ducs, trois comtes.

 

A l’image bien sûr des douze tribus d’Israël, des douze signes du zodiaque, des douze apôtres, mais aussi des douze chevaliers de la Table Ronde ou, plus exactement des douze chevaliers du Graal, qui sont également quatre fois trois : trois viennent de la Cour d’Arthur, trois viennent de Gaule, trois viennent du Danemark et trois viennent d’Irlande pour servir le Graal.

 

Cette évocation du Graal n’est pas un hasard, puisque le cycle du Graal est né notamment en Champagne, donc pas loin de Reims. On peut noter aussi que le sacre complet des Rois de France comportait un pèlerinage à Corben où étaient les reliques de Saint-Marcoul qui donnaient le pouvoir de guérison au Roi de France, et ce Corbeny pourra être rapproché du château de Corbénic qui est le château du Graal.

 

Montjoye saint-denis

Le Roi chrétien, et notamment le Roi de France, dispose de protecteurs particuliers. Au moment du sacre sont présentes les enseignes royales qui sont les quatre bannières carrées portées par quatre Pairs de France. Ces bannières carrées sont d’azur semé de lis d’or – et après Jeanne d’Arc traversées d’une croix blanche. Ce symbolisme des quatre enseignes nous rapproche d’une des caractéristiques de tous ceux qui se sont appelé « monarque universel », que ce soit les assyriens, les rois d’Irlande ou certains rois des Indes, qui s’intitulent tous « Roi des Quatre Régions ».

 

Le roi de France est entouré de quatre bannières carrées et de l’oriflamme de Saint-Denis qui est là comme la quintessence des enseignes de la France, qui est comme le palladium du royaume, puisque c’est de cet oriflamme que dérive le cri de guerre – en même temps la devise au-dessus des Armes de France – « Montjoye – saint-denis ».

 

Cette oriflamme, de couleur pourpre, de couleur feu (son étymologie signifie « l’or y flambe ») est dite avoir des pouvoirs miraculeux. Oriflamme, dont la perte à la bataille d’Azincourt, a donné l’occasion à Charles d’Orléans de faire une ode, ou plutôt une élégie, dans laquelle il plaint le sort tragique du « Très Chrétien Franc Royaume de France » qui a perdu l’oriflamme, gardée en l’Abbaye de Saint-Denis et que le Roi prenait lorsqu’il partait en guerre pour protéger ses troupes.

 

Il y a enfin l’étendard personnel du Roi. Chaque monarque a eu ainsi un emblème personnel, sur laquelle figuraient par exemple pour François 1er sa salamandre, le hérisson, un cerf-volant, ou très souvent Saint-Michel combattant le dragon, comme pour Louis XI. Avec ces étendards personnels, il faut parler de façon allusive des Saints Patrons de la dynastie.

 

D’abord la Mère de Dieu, plus particulièrement patronne du royaume, Saint-Michel, Saint-Denis, le martyr à la tête coupée, Saint-Martin qui partage son manteau avec son épée et qui couvre le pauvre (enseignement assez riche de ce que peut être une des significations de la royauté), Saint-Rémi, etc. II y a donc toute une litanie d’invocation des Patrons célestes de la dynastie et du royaume.

 

Le Roi est entouré, dès le début du sacre des grands officiers qui seront comme ses bras séculiers. Au premier rang en dignité : le Connétable – qui porte l’épée, instrument de la rigueur, puis le Chancelier – qui porte le sceau -, le Chambellan et le Grand Maître de France qui ordonne l’apparition et l’approche du Roi selon un rituel précis. Le Grand Maître de France dont l’insigne est un bâton, qui dérive du sceptre comme le bâton des maréchaux, brisait son bâton en deux à la mort du souverain et le jetait dans la fosse du Roi, signifiant ainsi que son pouvoir était brisé par la mort de celui qui était la fontaine de vie et la fontaine de tout pouvoir.

 

On pourrait s’étendre très longuement sur la symbolique et les significations des attributs des souverains, aussi bien dans l’Antiquité que concernant les souverains chrétiens. Je crois pouvoir conclure avec la symbolique de la fleur de lys, qui résume la personnalité et la fonction propres du Roi de France. Sainte Hildegarde de Bingen, abbesse de Rubesberg, dit au XIIe siècle que :

 

« Dieu, en faisant l’homme à son image, a inclut en lui toutes les créatures : le firmament, le soleil, la lune et les étoiles ».

« Que l’on ne s’étonne pas de voir des rois vêtus de soleil, de lune et de fleurs de lys. De même que l’on contemple Dieu dans le miroir de la nature, de même le fait-on en voyant le Roi. L’écu, le blason, morceaux du manteau royal, représentations abrégées du Roi – en quelques sorte sa carte d’identité, sont aussi une figuration de l’univers. Et la réduction à trois des fleurs de lys de l’écu du roi très chrétien a été explicitement mise sur le compte d’une analogie avec la Sainte-Trinité ».(4)

 

Les trois lis d’or identiques sur l’azur céleste symbolisent le Père et le Fils, en chef, le Saint-Esprit procédant de l’un et de l’autre, en pointe. Par ailleurs, Joinville nous enseigne la signification propre de la fleur de lys et de sa forme :

 

« C’est parce que notre Seigneur Jésus-Christ veut spécialement sur tout royaume enluminer le royaume de France de foi, de sapience et de chevalerie, que les Rois de France s’accoutumèrent à porter dans leurs armes la fleur de lys peinte par trois feuilles, afin qu’ils disent à tout le monde : foi, sapience et chevalerie sont par la provision et la grâce de Dieu plus abondantes en notre royaume qu’en les autres, ainsi que le dit le Roi Saint-Louis. Les deux feuilles de la fleur de lys, qui sont ailes, signifient sapience et chevalerie, qui gardent et défendent la tierce feuille au milieu d’elles, plus longue et plus haute, par laquelle foi est entendue et signifiée. Car elle est et doit être gouvernée par sapience et défendue par chevalerie. Tant comme ces trois grâces seront fermement et ordonnément jointes au royaume de France, le royaume sera fort et ferme. Et s’il advient qu’elles en soient ôtées ou dessurées, le royaume sera en désolation et en détriment ».

 

Les anges qui tiennent l’écu de France indiquent clairement que le sort des rois est entre les mains du Ciel et, notamment de l’ange préposé à la garde particulière de la nation qui, en France, est Saint-Michel chef des milices célestes et ange recteur de la Terre.

 

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