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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 18:51

Jeanne d'Arc - 
(rappel: la fête nationale officielle de Jeanne d'Arc au calendrier de l'Etat Français , se fête tous les deuxièmes dimanches de chaque année, toute la journée se succèdent à Paris, des défilés en l'honneur de l'Héroïne de la Patrie selon l'expression de l'Etat laïque) ainsi que des manifestations en Province.

projet statue de Jeanne d'Arc

La photo ci-dessus est le projet élaboré par le sculpteur Boris Lejeune d'une statue de Ste Jeanne d'Arc en collaboration avec l'association Notre Dame de Bermont à Domrémy en but d'y ériger la statue de Jeanne appelée "la vocation de Jeanne"
A cet fin une souscription a été lancée, les dons sont à adresser à l'Association Avec Jeanne, 23 avenue Rapp, 75007 Paris.
Renseignements:07 62 07 26 41 ou par courriel: jeannedarc2012@yahoo.fr; site: www.avecjeanne.fr 


  Il n’y a pas si longtemps, je n’aurais jamais accepté de vous parler de Jeanne. Non par déplaisir, bien sûr, mais plutôt qu’à mesure que je lisais, dans des ouvrages divers et variés, son histoire prodigieuse, j’en ressortais toujours avec un sentiment obscur de frustration. Quelque chose m’échappait. Mais quoi ?

 Car voyez-vous, lorsqu’on est très jeune, il émane de cette épopée comme un parfum de conte d’enfant, tellement simple qu’il n’y a aucune question à se poser. Mais avec l’âge viennent, sinon les vraies réponses, du moins les vraies questions.
Oh, certes, ce dont je pouvais être sûr, c’est que Jeanne n’est pas ce que certains ont voulu faire d’elle. Régine Pernoud,  disparue il n'y a pas si longtemps et dont l’œuvre de médiéviste et de spécialiste de Jeanne est éminemment respectable, voyait cependant dans notre héroïne une figure anticipatrice des mouvements de décolonisation. Je ne crois pas qu’il y ait quoi que ce soit de comparable entre sa mission et la décolonisation. D’ailleurs, s’il est vrai que notre colonisation ne fut pas parfaite, c’est à notre régime républicain et laïque qu’il faut s’en prendre. Mais globalement, on peut parler d’un bilan très positif de la colonisation.
En revanche, quand on observe ce qui se passe aujourd’hui et en particulier en Afrique, on peut parler d’un bilan terriblement négatif de la décolonisation…

 

DES INTERPRÉTATIONS DIVERSES…

            Quant aux autres interprétations possibles, on a tout lu, ou presque. J’ai entendu des gens d’une droite dévoyée ou païenne la réduire à un mythe national destiné à forger la mémoire commune, un peu comme les enfants de la louve romaine. J’ai lu sous la plume de quelques européistes que Jeanne d’Arc, aujourd’hui, serait maastrichienne. J’ai entendu des hommes de gauche la transformer en passionaria des droits de l’homme ; et le romancier Malraux, déjà, se plaisait à l’imaginer vêtue comme les Sans-culottes sanguinaires de la Révolution et dansant la Carmagnole. Hypothèse loufoque, hypothèse incroyable, mais qui a pu séduire aussi à droite, puisque M. de Villiers la reprenait à son compte il y a une dizaine d’années dans un débat télévisé.


            Il fut une époque encore récente, pourtant, où la République ne se sentait pas pressée de récupérer Jeanne à son profit. Jusqu’en 1912, les Camelots du Roi souffrirent de nombreux jours de prison pour obtenir l’autorisation de fêter publiquement la Sainte. Mais enfin, depuis 1920 où la fête devint officielle, la Grande Guerre étant passée par là et la République devant payer sa dette au sacrifice des royalistes, il est licite de fêter Jeanne d’Arc. Les seules interdictions eurent lieu une fois sous Gaston Doumergue, puis sous Hitler, et deux fois sous Mitterrand. Les interdictions franco-françaises, comme d’ailleurs les efforts déployés par tous les partis pour transformer la sainte dans le sens qui leur convient, montrent bien que, loin de pouvoir être aujourd’hui une figure de consensus, Jeanne demeure toujours un signe de contradiction.

Car s’il est bien une billevesée dans les discours récupérateurs de nos édiles, c’est de dire que Jeanne appartient à tout le monde, comme la France est à tous les Français. La France ? Oui, dans son expression physique, sa terre, son air, ses rivières. Mais la France comme idéal politique, ce projet de civilisation né au baptême de Clovis, sous les eaux lustrales versées des mains de Saint Rémy ? Depuis deux siècles, on est bien obligé de poser cette question : de quelle France parlons-nous les uns et les autres ?

Il en sera de même pour Jeanne, et pour éviter toute confusion, il faut d’abord s’interroger dans ces termes : qui était-elle ? Et qu’a-t-elle fait ?

Eh oui ! que de gloire accumulée par la France après mille ans d’histoire ! Dans sa solitude de Chinon, n’ayant plus rien à perdre et attendant la visite d’une obscure bergère illettrée de 17 ans, dont tout laissait penser qu’elle ne pouvait être qu’une pauvre exaltée, une illuminée comme il y en a tant, particulièrement dans les périodes critiques ; Charles VII, s’il comparait l’histoire de son royaume à l’existence d’une personne, pouvait bien se dire : allons, tant de gloire suffit bien. La France s’est montrée digne de son baptême, mille ans auparavant. Elle peut bien passer la main, puisqu’il le faut, et quitter la scène la tête haute. Après tout, c’est le sens de l’histoire et l’humanité continue.

L’avenir, désormais, les rênes de l’avenir sont ailleurs, dans cette évolution des choses, dans un roi anglais de France et d’Angleterre. Et l’Angleterre, à l’époque, n’était-elle pas un peu une France d’outre-mer ? Il y a du sérieux dans la boutade de Clémenceau qui disait « l’Angleterre est une colonie française qui a mal tourné ». Le duc qui l’avait conquise en 1066 était un Français vassal des Lys. À défaut des autochtones, la Cour et l’élite étaient d’origine française et demeuraient francophones. Alors ? Ne peut-on pas comprendre ce tourbillon d’idées qui, comme toutes les idées, éclairent mal l’avenir, mais justifient sans doute des attitudes qu’il est trop facile de juger cinq siècles plus tard ?

 

UNE BONNE FOI PARTAGÉE

Certes, j’ai dit que je ne tomberai pas dans un excès inverse, remplaçant un manichéisme par un autre manichéisme. Car il faut se souvenir aussi que des Français fidèles résistaient aux anglais dans les provinces occupées. Du côté de l’ennemi, on les appelait alors les « brigands », comme cinq siècles plus tard les Allemands parleront des « terroristes ». Ce que je veux seulement dire, c’est que, globalement, je crois volontiers en la sincérité, en la bonne foi du camp anglais et même de beaucoup de Français reniés, séduits, convaincus pas la théorie de la double monarchie, et les déclarations de la reine Isabeau, et la décision du roi Charles VI, et surtout, car c’est tellement plus confortable, par un sens de l’histoire qui semblait alors irréversible. C’est dans ce contexte extraordinairement complexe, et devant un roi qui en était venu à douter même de sa légitimité dynastique, que Jeanne se présenta.

Sans nul doute, la bonne foi n’aura plus cours au Procès de Rouen? Mais avant ? On sait que, durant les deux années de l’épopée johannique, de nombreux soldats anglais effrayés repassèrent la Manche, persuadés que Jeanne était une sorcière, qu’un démon conduisait les guerriers français. Ils le croyaient, et ils étaient sincères ! Car ces événements étaient incroyables, dépassaient l’entendement, défiaient le simple bon sens. Était-il naturel qu’une fille de rien, une paysanne de 17 ans, marche à la tête de l’armée du roi de France ? Que de farouches guerriers comme le Bâtard d’Orléans, La Hire, Xaintrailles, Gilles de Rais de l’illustre Maison des Montmorency, l’aient spontanément admirée, comme une meute de loups se coucheraient devant un agneau ? Était-il normal qu’après cent ans de guerres et un dénouement enfin si proche, le sens logique de l’histoire ait été renversé à ce point et en quelques mois ? Était-il normal que des batailles qui auraient dû être gagnées par les Anglo-Bourguignons aient été perdues ?

Il arrivera que de bonnes âmes sincères, comme ce frère cordelier de Troyes qui jouissait d’une grande réputation de sainteté, prennent la précaution de jeter de l’eau bénite sur cette pucelle victorieuse, tellement étrange. Ce qui fera joliment dire à Jeanne : « approchez hardiment ! je ne vais pas m’envoler!»  (car on pensait que les sorcières volaient, en ce temps-là). A fortiori, comment ne pas comprendre que de simples archers anglais, épouvantés, aient fui ce royaume, persuadés qu’il était désormais possédé, infesté, devenu le royaume du Diable ? Ces insultes que Jeanne entendit souvent et dont elle souffrait : « putain des Armagnacs ! (c’est-à-dire des Français), sorcière ! », elle ne devinait peut-être pas que le modeste soldat anglais y croyait vraiment.

Les historiens l’ont dit et répété sur tous les tons : l’histoire profane universelle n’offre aucun exemple comparable, aucune épopée aussi extraordinaire que celle de Jeanne d’Arc. Partout dans le monde, les gens instruits regardent ce phénomène avec ébahissement. C’est d’ailleurs ce qui la rend insupportable à la France reniée d’aujourd’hui, à cette république qui s’impose en censeur vigilant de notre mémoire nationale : des historiens à gages useront de tous les artifices, tenteront toutes les diversions, proféreront tous les mensonges pour réduire la portée de cet événement. En vain.

 

UNE ÉPOPÉE SURNATURELLE

Rappelons-en les grandes lignes. Aux marches de Lorraine, une bergère illettrée de 17 ans se présente au sire de Baudricourt. Elle prétend avoir entendu les voix de saint Michel archange, de sainte Catherine et de sainte Marguerite, qui lui auraient demandé d’aller voir le Roi, de prendre la tête de son armée, de commencer par libérer Orléans puis d’aller à Reims pour le faire sacrer. Naturellement, elle s’est dérobée d’elle-même à cette demande invraisemblable, mais comprenez-vous, les Voix sont revenues, ont insisté. Alors elle obéit, puisque Si Dieu veut…

Baudricourt la jette dehors, évidemment. Mais que voulez-vous qu’elle fasse ? Les Voix ne la laissent pas tranquille. Elle attendra donc dehors, jusqu’à ce que Baudricourt change d’avis ! Et Baudricourt, enfin, se résigne, et lui donne une escorte.

Elle arrive à Chinon, et Charles VII s’étonne : qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Mais aussi des prédictions profanes, parfois très anciennes, ne disaient-elles pas que le royaume serait sauvé un jour par une vierge ? Et Charles VI lui-même, le père de ce malheureux prince, n’avait-il pas reçu autrefois une visionnaire, qu’on appelait Marie d’Avignon ou la Gasque d’Avignon, et qui lui avait assuré qu’un jour, une pucelle revêtirait une armure, brandirait une épée, et sauverait la France ? Curieux… Faites donc entrer, pour voir…

On se souvient de sa tentative de supercherie : il se tient parmi les courtisans, tandis qu’un autre joue son rôle. Mais Jeanne se dirige directement vers Charles VII. Elle lui parle du Ciel, de la mission qu’elle a reçue. Elle lui annonce qu’il est réellement le fils légitime de son père, Charles VI le Fol. Ils s’isolent dans une pièce à côté. Et là, dans l’intimité, elle répond à une prière secrète du roi, que personne ne connaissait. À Rouen, on voudra lui faire dire ce secret. Elle répondra qu’il n’appartient qu’au Roi. Mais Charles n’en a jamais parlé. Et personne, sur cette terre, ne le connaîtra jamais. Ce que les témoins de cette journée ont seulement vu, c’est que Charles VII est sorti tout radieux de l’entretien : serait-ce donc elle la vierge des prédictions profanes ?

 

LE ROI LÉGITIME

Mais le roi est d’abord un sage : il l’envoie à Poitiers où se sont réfugiés quelques docteurs de la Sorbonne en rupture de ban et demeurés fidèles au prince légitime. C’est une affaire étonnante, interrogez cette jeune fille. Et dites-moi ce que vous en pensez.

Les austères docteurs seront émerveillés par ses réponses. Non pas des réponses divines de l’Enfant-Jésus aux Prêtres, mais des réponses saintes, toutes simples. Et puis, il faut bien le dire, il devait se passer quelque chose d’autre. Et ce n’est pas seulement que quelques-uns, parmi les docteurs, se souvenaient des prédictions profanes. Il se passait quelque chose d’inexplicable, là encore.

Incroyable ! Les docteurs la renvoient au roi, avec ce commentaire : nous croyons que sa mission est d’essence divine.

Alors l’histoire inouïe peut commencer. On lui forge une épée, qu’elle refuse : elle prétend que ses Voix lui en ont réservé une, il faut la chercher dans la chapelle de Sainte Catherine de Fierbois, sous terre près du maître-autel. On creuse. On trouve une épée, en effet, portant cinq croix gravées. On la frotte et la rouille tombe sur le champ, sans effort. Qu’est-ce que c’est encore ? d’où vient cette épée ? Personne ne sait. Jeanne ne s’explique pas là-dessus, on n’est même pas certain qu’elle le savait elle-même. Dès le commencement, ses Voix ont pris l’habitude de ne lui fournir aucune explication. Toutefois, notons que cette chapelle de Sainte Catherine de Fierbois remonte au moins au VIe siècle. La tradition dit que Charles Martel y fit déposer son épée après sa victoire de Poitiers sur les Arabes en 733… Était-ce la même ? En tout cas, cette épée trouvée disparaîtra dans l’épopée, comme elle était venue. Et personne n’a jamais su ce qu’elle est devenue.

Jeanne rencontre l’armée du roi, et l’impensable se produit. Elle éblouit, elle subjugue les grands capitaines, et la troupe l’acclame. Elle en profite pour faire déguerpir les putains, exige que chacun se confesse avant le combat. Elle dicte une lettre au régent Bedford, qu’on a conservée depuis. Elle passera d’ailleurs des journées à apprendre à signer son nom : Jehanne, comme on disait alors. Voilà la seule chose qu’elle ait jamais écrite. On imagine la stupeur de Bedford en lisant la missive : cette pucelle de 17 ans commence par « Jésus, Marie », se prétend envoyée du Ciel et annonce avoir pris la tête de l’armée française. Et les Anglais qui sont là depuis cent ans n’ont plus qu’à retraverser la Manche, sinon gare ! Décidément, ce pauvre bâtard de Charles, qui se dit roi de France, ne sait plus quoi inventer. Il faut dire que son père Charles VI avait quelques accès de folie…

 

DIEU ET LE ROI

Et pourtant, la rumeur se répand comme une traînée de poudre. Elle dit aux habitants d’Orléans : « Je vous apporte ce qu’aucune armée au monde ne peut vous apporter, c’est le secours du Ciel ». Et dans tout le royaume, les Français fidèles veulent y croire, eux, à cette annonce de miracle. Et les événements le confirment : Orléans est libérée, à un moment précis, sur une inspiration de la Sainte. Puis les victoires s’enchaînent sur les champs de bataille semant la confusion chez l’ennemi. Selon toute logique, il faudrait maintenant monter vers Paris, reprendre la capitale. Mais Jeanne ne conduit cette épopée qu’en obéissant à ses Voix : elle répond à Charles VII, qu’elle s’obstine à appeler gentil Dauphin malgré l’évidence des Lois Fondamentales (Le roi ne meurt pas, Le mort saisit le vif, etc.), que le Ciel désire d’abord le sacre de Reims.

Geste politique, pour contrecarrer le projet ennemi de couronner et surtout sacrer le roi d’Angleterre comme roi de France ? Peut-être. Mais aussi, quelle immixtion inattendue du Ciel dans l’institution royale française ! Et qui semble accréditer, mille ans après Clovis, la tradition historiquement invérifiable de la Sainte Ampoule déposée par une colombe miraculeuse entre les mains de Saint Remy. C’est fantastique. C’est inouï. Moment céleste que le sacre de Charles VII à Reims, qui sanctifie pour les siècles la fidélité du seul prince légitime des lys. C’est pourquoi le légitimisme, s’il est aussi une doctrine, ne pourra jamais être professé comme les autres doctrines.

Ainsi, le Ciel aimait le sacre, qui est bien plus qu’un couronnement, et le faisait savoir. O merveille… Et Jeanne d’Arc se tenait là, enfin, dans ce lieu ineffable de la basilique Saint-Remy ; tenant fièrement sont étendard personnel sur lequel était peint : « Jésus, Maria », et regardant s’accomplir ces noces institutionnelles entre la terre et le Ciel… Le miracle annoncé s’était produit. Désormais, il ne reviendrait plus qu’aux hommes d’armes de batailler et Dieu donnerait la victoire.

Qui elle était, tout le monde le sait. Mais chacun sent bien que c'est ce qu'elle a fait qui importe le plus. Et en cela, on a tellement écrit sur ces deux années de l'épopée johannique, allant de 1429 à 1431, qu'il vous semble peut-être surprenant que je veuille aujourd'hui parler d'un "secret de Jeanne". Pour me faire comprendre, plongeons-nous tout d'abord dans le ravissement de cette aventure fabuleuse, et pourtant vraie. Plus précisément, regardons de près le temps qui précède immédiatement l'arrivée de Jeanne à Chinon, et son surgissement inattendu dans l'histoire.

On a peut-être pris une mauvaise habitude en considérant ces événements de façon manichéenne: le bien et le mal, les bons et les méchants, les Français fidèles et les autres: "Français reniés", comme on disait alors, Bourguignons, et bien sûr Anglais. Certes, cette façon de voir les choses a toujours existé, et existait d'ailleurs avant Jeanne. Du Guesclin (1320-1380) par exemple, ne cessait pas de rappeler à ses compatriotes où était leur devoir. Aussi, loin de moi l'intention de succomber à un relativisme bien à la mode à notre époque, dans ce siècle où tout ce qui est grand, tout ce qui est beau, tout ce qui est bien est systématiquement retourné, inversé de telle sorte que le meilleur finit toujours par nous être représenté comme le pire, et le pire comme le meilleur. Non, mon intention est autre, et je voudrais seulement vous rendre les choses plus présentes en exhumant ce qui peut être regardé comme constant dans la nature humaine, et partant, dans les relations politiques internationales, à l'époque de Jeanne comme à la nôtre. Et pour ce faire, bien évaluer l'état des esprits et des forces en présence en 1429, au moment de l'arrivée de la sainte.

 

UNE VISION MOINS MANICHEENNE

Imaginez-vous à la place de Charles VII quand il s'apprête à la recevoir. Et quel peut être l'état d'esprit du camp adverse? Rappelons que ce camp-là rassemble les Anglais, les Bourguignons, mais aussi des Français, et parfois une élite parmi ces Français. On voudrait se représenter l'évêque Cauchon comme un mauvais démon aux pieds fourchus, mais non! Ce serait trop simple! Qui est-il, ce Cauchon? Oh, on a pu gloser sur son nom disgracieux, tant il est vrai que dans certaines circonstances, la Providence s'amuse peut-être avec cela. Lors de mon procès en Normandie pour entrave à l'avortement, l'inspecteur de police qui m'avait interrogé s'appelait Goret; et l'intellectuel chargé de nous accabler dans la presse néo-catholique s'appelait Madré. Et dans des circonstances beaucoup plus paisibles, j'ai eu un professeur de composition musicale, notoirement avare, qui s'appelait Pincemaille: au figuré en effet, il pinçait les mailles de sa bourse. Et dans une administration que je connais, un employé alcoolique qui sent le vin à cinq mètres quand il passe dans les couloirs se nomme Pinard… Un autre s'appelle Bourde, et les accumule quotidiennement…

 

LA DOUBLE MONARCHIE

Mais vu de son côté à lui, l'évêque Cauchon n'est pas seulement un fourbe trop bien nommé. Il est d'abord, et c'est ce qui va le propulser sur l'avant-scène de l'histoire, il est avant tout l'auteur d'une théorie sur la double monarchie. Il défend, comme beaucoup d'autres contemporains, et en particulier comme la grande majorité des docteurs de la Sorbonne, donc l'élite intellectuelle du royaume, il défend l'idée selon laquelle l'intérêt commun à la France et à l'Angleterre est de s'unir sous un seul sceptre. Or, dans cette perspective, les souverains anglais ont largement assez de sang capétien dans les veines pour pouvoir prétendre au trône de France… à condition, bien sûr, d'oublier les L.ois Fondamentales. Mais Edouard III, le premier qui revendiqua, vers 1370,  cette illustre succession, était le propre petit-fils de Philippe IV le Bel, dont les fils ne firent pas souche mâle; tandis que Philippe VI de Valois n'en était que le lointain neveu. Oublions un instant la règle de primogéniture strictement masculine, et ajoutons-y cette idée selon laquelle la double monarchie anglo-française serait un bien pour la France: ne  peut-on admettre que des hommes de ce temps, et parmi eux l'élite intellectuelle, aient pu être sincères en pensant cela?

D'ailleurs, les principaux protagonistes anglais de ce drame sont tous d'origine française: le comte de Warwick est avant tout un Beaufort, le régent Bedford est un Lancastre, issu des Plantagenêts angevins. J'ai parlé de monarchie anglo-française, mais en fait cette union fût devenue une monarchie franco-anglaise: les rois d'Angleterre eux-mêmes sont d'origine française et se disent, depuis les prétentions d'Edouard III "rois de France et d'Angleterre", et non pas "rois d'Angleterre et de France". A telle enseigne que leur drapeau est écartelé "de France et d'Angleterre": la place d'honneur, selon la règle héraldique, est donnée aux lys.

En outre, contre cette idéologie de la double monarchie, Charles VII est d'autant plus démuni que neuf ans auparavant, à l'occasion du sinistre traité de Troyes, son père Charles VI, croyant pouvoir disposer de sa couronne au mépris des Lois fondamentales, a prétendu "déshériter" son successeur, et désigner ainsi Henri V d'Angleterre, qui a épousé sa fille Catherine, comme le vrai prochain roi de France. Et, pour appuyer cela, sa propre mère, Isabeau de Bavière, a prétendu publiquement qu'il n'étaut pas son fils légitime, mais le fruit d'un adultère. Sa propre mère l'affirme! Dans ce cas, que restait-il à Charles VII pour qu'il soit assuré de son bon droit?

 

LE DOUTE DE CHARLES VII

Eh oui, comme dans la vie de chacun d'entre nous, les choses ne sont pas toujours simples. Charles VII avait bien des raisons de douter de lui-même, et nous savons qu'il doutait. Et dans le camp adverse, qui d'entre nous aujourd'hui pourrait dire que personne n'y était sincère? À notre époque maastrichienne, on a vu un majorité de la classe intellectuelle et de la classe économique se persuader que la dissolution de la France dans une fédération européenne ferait le bonheur des Français. Quant aux lois de succession de la monarchie française, on a vu depuis deux siècles et jusqu'au sein même de la famille royale, suffisamment de prétendants à l'usurpation pour qu'il nous soit possible de comprendre que des hommes de la Guerre de Cent ans aient pu avancer des arguments en faveur des prétentions anglaises. D'ailleurs, lorsque vint le tour d'Henri VI, le fils de son père et de Catherine, le petit-fils de Charles VI, ce pseudo-roi "de France et d'Angleterre" ne reçut-il pas plus que jamais le soutien des savants de la Sorbonne? Ne fut-il pas acclamé par le peuple de Paris, couronné dans la capitale du royaume, accueilli à bras ouverts par la reine-mère Isabeau? N'était-il pas plus que jamais l'héritier désigné de Charles VI?

En méditant cela, imaginez donc ce à quoi pouvait penser Charles VII le légitime abandonné, dans la solitude de ses provinces encore fidèles. Orléans, la clef de son système de défense, était assiégée sans espoir de salut. La Tremoille, son principal ministre, lui conseillait de quitter Chinon, et même de laisser Bourges, et de reculer toujours plus loin, jusqu'à Grenoble: là-bas, on verrait bien…

C'était la fin de la France, oui: il n'y avait aucun doute possible. Mais l'on pouvait aussi se dire: après tout, pourquoi pas? Y avait-il de quoi s'en désoler plus que de raison? Car on ne peut pas dire qu'au XVe siècle, cette fin eût été prématurée. La France égalait déjà en âge, celui que porte l'Angleterre aujourd'hui: un millénaire. Mille ans, ou presque! Pensons toujours à cela, nous autres gens d'Europe qui, pressés d'abdiquer face à la fatalité, nous gargarisons d'expressions telles que "la vieille Europe". N'était-elle pas vieille, cette France déjà millénaire que vint sauver Jeanne d'Arc?

 

UNE FRANCE TROP VIEILLE?

Et quitte à se résigner, Charles VII pouvait songer qu'après tout, la France avait largement fait son temps, marquait pour toujours l'histoire universelle de son empreinte prestigieuse. N'était-ce pas une douce consolation que de se dire que cette France déjà vieille qui disparaissait avait tout de même glorieusement vécu, plus que nul autre royaume du continent? Qu'on y songe! Sur les ruines de l'empire romain, l'épopée de Clovis et de Clotilde, ce baptême épique qui hissait d'un seul coup le prince de ce nouveau royaume au rang de fils aîné de l'Église. Pendant les deux siècles qui vont suivre, on peut dire qu'en Europe, rien n'existe de comparable à ce pays, à cette Gaule revivifiée, devenue France, le royaume du puissant Dagobert. Au VIIIe siècle, c'est Charles Martel qui donne un coup d'arrêt à l'invasion arabe sur le continent. Au IXe siècle, c'est Charlemagne qui soumet l'Occident à son empire, et recule les frontières de la chrétienté jusqu'en Saxe, allant au-delà de l'ancienne domination romaine. Au Xe siècle, les Capétiens fondent sur le royaume une dynastie qui, au temps de Charles VII, était devenue déjà depuis longtemps et de loin la plus prestigieuse de l'univers.

Au XIe et XIIe siècles, les croisades constituent un phénomène principalement français, de sorte que les peuples du Levant appellent "Francs" tous les Occidentaux qu'ils rencontrent, quels que soient leurs pays d'origine. Au XIIIe siècle, st Louis donne à la France et à sa dynastie un prestige jamais égalé. C'est aussi le siècle de st Thomas d'Aquin, un siècle d'or. Que l'on médite plus généralement sur l'apport culturel de la France. La Sorbonne, reine de toutes les universités. La prodigieuse architecture que les modernes, par idéologie, appelleront "gothique", c'est-à-dire barbare. Barbare! Mais on ne l'appelait pas ainsi au Moyen âge, on l'appelait bel et bien "ars francorum", l'art français. Qui de nous connaît aujourd'hui cet honneur qui était le nôtre?

Eh oui ! que de gloire accumulée par la France après mille ans d’histoire ! Dans sa solitude de Chinon, n’ayant plus rien à perdre et attendant la visite d’une obscure bergère illettrée de 17 ans, dont tout laissait penser qu’elle ne pouvait être qu’une pauvre exaltée, une illuminée comme il y en a tant, particulièrement dans les périodes critiques ; Charles VII, s’il comparait l’histoire de son royaume à l’existence d’une personne, pouvait bien se dire : allons, tant de gloire suffit bien. La France s’est montrée digne de son baptême, mille ans auparavant. Elle peut bien passer la main, puisqu’il le faut, et quitter la scène la tête haute. Après tout, c’est le sens de l’histoire et l’humanité continue.

L’avenir, désormais, les rênes de l’avenir sont ailleurs, dans cette évolution des choses, dans un roi anglais de France et d’Angleterre. Et l’Angleterre, à l’époque, n’était-elle pas un peu une France d’outre-mer ? Il y a du sérieux dans la boutade de Clémenceau qui disait « l’Angleterre est une colonie française qui a mal tourné ». Le duc qui l’avait conquise en 1066 était un Français vassal des Lys. À défaut des autochtones, la Cour et l’élite étaient d’origine française et demeuraient francophones. Alors ? Ne peut-on pas comprendre ce tourbillon d’idées qui, comme toutes les idées, éclairent mal l’avenir, mais justifient sans doute des attitudes qu’il est trop facile de juger cinq siècles plus tard ?

 

UNE BONNE FOI PARTAGÉE

Certes, j’ai dit que je ne tomberai pas dans un excès inverse, remplaçant un manichéisme par un autre manichéisme. Car il faut se souvenir aussi que des Français fidèles résistaient aux anglais dans les provinces occupées. Du côté de l’ennemi, on les appelait alors les « brigands », comme cinq siècles plus tard les Allemands parleront des « terroristes ». Ce que je veux seulement dire, c’est que, globalement, je crois volontiers en la sincérité, en la bonne foi du camp anglais et même de beaucoup de Français reniés, séduits, convaincus pas la théorie de la double-monarchie, et les déclarations de la reine Isabeau, et la décision du roi Charles VI, et surtout, car c’est tellement plus confortable, par un sens de l’histoire qui semblait alors irréversible. C’est dans ce contexte extraordinairement complexe, et devant un roi qui en était venu à douter même de sa légitimité dynastique, que Jeanne se présenta.

Sans nul doute, la bonne foi n’aura plus cours au Procès de Rouen. Mais avant ? On sait que, durant les deux années de l’épopée johannique, de nombreux soldats anglais effrayés repassèrent la Manche, persuadés que Jeanne était une sorcière, qu’un démon conduisait les guerriers français. Ils le croyaient, et ils étaient sincères ! Car ces événements étaient incroyables, dépassaient l’entendement, défiaient le simple bon sens. Était-il naturel qu’une fille de rien, une paysanne de 17 ans, marche à la tête de l’armée du roi de France ? Que de farouches guerriers comme le Bâtard d’Orléans, La Hire, Xaintrailles, Gilles de Rais de l’illustre Maison des Montmorency, l’aient spontanément admirée, comme une meute de loups se coucheraient devant un agneau ? Était-il normal qu’après cent ans de guerres et un dénouement enfin si proche, le sens logique de l’histoire ait été renversé à ce point et en quelques mois ? Était-il normal que des batailles qui auraient dû être gagnées par les Anglo-Bourguignons aient été perdues ?

Il arrivera que de bonnes âmes sincères, comme ce frère cordelier de Troyes qui jouissait d’une grande réputation de sainteté, prennent la précaution de jeter de l’eau bénite sur cette pucelle victorieuse, tellement étrange. Ce qui fera joliment dire à Jeanne : « approchez hardiment ! je ne vais pas m’envoler ! » (car on pensait que les sorcières volaient, en ce temps-là). A fortiori, comment ne pas comprendre que de simples archers anglais, épouvantés, aient fui ce royaume, persuadés qu’il était désormais possédé, infesté, devenu le royaume du Diable ? Ces insultes que Jeanne entendit souvent et dont elle souffrait : « putain des Armagnacs ! (c’est-à-dire des Français), sorcière ! », elle ne devinait peut-être pas que le modeste soldat anglais y croyait vraiment.

Les historiens l’ont dit et répété sur tous les tons : l’histoire profane universelle n’offre aucun exemple comparable, aucune épopée aussi extraordinaire que celle de Jeanne d’Arc. Partout dans le monde, les gens instruits regardent ce phénomène avec ébahissement. C’est d’ailleurs ce qui la rend insupportable à la France reniée d’aujourd’hui, à cette république qui s’impose en censeur vigilant de notre mémoire nationale : des historiens à gages useront de tous les artifices, tenteront toutes les diversions, proféreront tous les mensonges pour réduire la portée de cet événement. En vain.

Pour nos contemporains, la leçon que l’on doit tirer de ces événements extraordinaires s’impose d’elle-même. Jamais, sous tous les cieux et à aucune époque, jamais ce que nos adversaires appellent « le sens de l’histoire » ne fut à ce point renversé, retourné, comme le fit Jeanne d’Arc en quelques mois seulement. Ce seul souvenir, cette seule évocation montrent comme il est vain, comme il est stupide même, de vouloir nous pousser à la résignation.

Gardons à l’esprit cette phrase de Maurras : « en politique, le désespoir est une sottise absolue », et efforçons-nous d’étendre cette pensée à tout ce qui nous anime, qui n’est pas seulement un combat politique, mais un combat pour ce qui forge notre civilisation. Oui, le désespoir serait bien une sottise absolue, puisque Jeanne d’Arc nous a montré qu’on pouvait espérer contre toute apparence, espérer contre toute possibilité d’espérance.

Et pourtant si je devais m’en tenir là, il faut bien reconnaître que tout ce que j’affirme ici ne saurait se soustraire totalement à de graves objections. Car enfin, un esprit avisé pourrait me répondre :  « Vous prétendez comparer notre époque à celle qui précédait immédiatement l’épopée johannique. Mais cette comparaison est-elle pertinente ? À bien des égards, sans doute, mais pour l’essentiel, vous jetez le voile de votre discours sur bien des choses ».

 

UNE CRISE PLUS GRAVE ENCORE

Et mon contradicteur pourrait élargir la faille. Ainsi, le XVe siècle aurait été dans le même état de décrépitude que le XXe. Allons donc ! Tout ce que vous avez rappelé jusqu’ici était vrai, d’accord. Mais pour le reste ? Le XVe siècle est l’un des plus brillants de notre histoire dans le domaine artistique : « l’ars francorum », mais aussi la musique, et la peinture, et les tapisseries, et le vitrail, que sais-je encore ? Qu’est-ce que notre siècle de pénombre a pu produire pour ressembler, même de loin, à ces merveilles ? Il n’est même pas un siècle où la beauté serait factice, ou trop conventionnelle ; il n’est même pas un siècle d’où la beauté serait absente ; il n’est même pas un siècle du mauvais goût, ce qui serait encore avoir du goût. Il est le siècle de la laideur, il assura le triomphe du laid révolté contre le beau.

Le XVe siècle a connu une crise grave de l’Église, oui : le Grand Schisme d’Occident. À cette époque, comme aujourd’hui, il ne devait pas être toujours simple ni facile de savoir, et encore moins d’affirmer avec certitude, quelle était la bonne voie à suivre. Dans son Anneau du Pêcheur, le romancier Jean Raspail s’est plu à imaginer d’étendre jusqu’à nous les incertitudes qui déchiraient les consciences à l’époque sur la légitimité de l’un ou l’autre pape. Pour autant, cette crise, si douloureuse fût-elle, comment, sinon par un artifice (comme en produisent souvent les analogies), pourrions-nous la comparer avec les fumées de Satan - l’expression est de Paul VI - qui sont entrées dans l’Église depuis le Concile Vatican II ?

 

LES FUMÉES DE SATAN

Comment comparer les disputes du XVe siècle à l’effondrement visible du christianisme, à la disparition quasi-générale de la foi, y compris parmi les prêtres et les évêques eux-mêmes ; à l’abandon de toute pratique, au retour fulgurant du paganisme qui est venu recouvrir tout cela, rappelé en hâte par ce qui existe de plus profond et de plus primaire dans notre nature humaine ? Un jour, quand on se penchera sur l’histoire de l’Église à notre époque, on sera bien obligé d’écrire que les pasteurs, qui devaient garder les agneaux contre les loups, s’étaient joints aux loups…. Qu’y a-t-il de comparable à cela ?

L’évêque Cauchon ? Dans une certaine mesure, oui. Mais ce n’est pas la ruine de la foi qui l’anime. C’est son engagement politique en faveur de la double monarchie qu’il veut faire triompher à tout prix, quitte à abuser de sa succession apostolique. Il est infâme, il n’est pas apostat. Il est vrai que cette figure emblématique nous rapproche de notre siècle, puisqu’à travers lui, c’est l’Église qui était supposée juger la Sainte.

Et des jugements à rebours du bien, l’Église n’a pas manqué d’en prononcer aussi tout au long de notre siècle. Il demeure que l’évêque Cauchon est tout de même un cas à part dans son époque. En se référant à ce seul cas, on ne saurait équitablement comparer l’Église du XVe siècle à celle du XXe siècle.

La situation politique ? Certes. La légitimité dynastique était bafouée mais la cité demeurait monarchique, et ce qu’on appelait la Chrétienté, l’unité spirituelle de l’Europe existait encore.
Mais alors, hélas ! puisque la tourmente que nous traversons aujourd’hui est, en définitive, infiniment plus grave que celle qu’ont eu à souffrir nos aïeux du XVe siècle, comment pourrais-je invoquer le souvenir de Jeanne pour rendre espoir à mes contemporains ? Le temps que nous vivons ressemble plutôt à tous les temps des irrémédiables décadences, et si l’histoire doit nous apporter aujourd’hui un enseignement, c’est évidemment celui-là.

 

VERS LA FIN DE L’HISTOIRE ?

Non, la France de 1429, malgré toutes ses misères, n’est pas celle d’aujourd’hui. Les menaces qui pesaient sur elle n’empêchaient pas qu’elle était un royaume prestigieux d’une chrétienté unie et d’une civilisation brillante. Ne nous voilons pas la face : ce à quoi nous assistons aujourd’hui nous donne à voir autre chose. Et à la lumière de l’histoire, cette chose se reconnaît aisément. Elle porte un nom : la fin…

Longtemps, je suis resté prisonnier de cette logique impitoyable, à l’intérieur d’un cercle de la raison dont il me semblait impossible de s’échapper, sauf à devoir recourir à des discours d’illuminés. Un jour même, le devoir d’honnêteté intellectuelle me contraignit à écrire que notre œuvre de réaction pourrait servir, sinon forcément à la France agonisante, mais peut-être à d’autres peuples qui s’inspireraient de l’esprit qui avait animé la France. Et à nous, Français, il resterait au moins ce bonheur d’avoir été d’authentiques Français, dépositaires et transmetteurs d’un héritage politique sans équivalent dans l’histoire. Et puis, il y a quelques temps, j’ai vu le cercle se dissoudre, laissant la place à une perspective inattendue. Pendant des années, j’avais lu et relu cette histoire fascinante de Jeanne d’Arc, mais toujours, en refermant quelques-uns des innombrables livres qui lui ont été consacrés, je gardais l’impression désagréable que quelque chose de capital m’échappait dans cette aventure. Mais quoi ?

J’ai d’abord compris que ce qui échappait à mon entendement, c’était la seconde partie de l’épopée johannique, après le sacre de Reims. Jusqu’à Reims, abstraction faite du caractère miraculeux des événements, il y a tout de même une logique. Mais après ? Contrairement à ce qu’en donnerait une lecture superficielle, la logique n’est plus apparente. Il n’y a pas d’enchaînement logique entre le sacre de Reims et le supplice de Rouen. Il y a une rupture. Ou plutôt, s’il y a bien une continuité, il faut la chercher plus en profondeur.

Reprenons, s’il vous plaît, cette fabuleuse aventure au point où nous l’avions laissée. Le roi est sacré, la mission de Jeanne est accomplie. Oui ! au sens où nous l’avions toujours comprise, elle est accomplie. Que lui demandaient ses Voix ? De mener Charles VII à Reims, et de le faire sacrer. Voilà : il est sacré. Alors ? Que signifie donc toute la suite ?
En 1429, Jeanne avait dit : « je durerai un an, guère plus ».
Un an !
Et pourtant il y a bien eu une seconde année, de 1430 à 1431.

 

L’ANNÉE SUPPLÉMENTAIRE

Cette année supplémentaire - supplémentaire, oui, compte tenu du fait que la mission visible était accomplie - Jeanne, à l’écouter elle-même, ne l’avait pas prévue.

Que signifie ce qui s’est passé cette année-là ?

Une mort pour la France ? Ce serait déjà beau en soi. Mais avouons-le : après une destinée sans équivalent, Jeanne aurait rejoint le sort commun à ces millions de nos aïeux qui, eux aussi, sont morts pour la France. Non, sauf à devoir en rester à la conclusion superficielle d’une rupture de destin après Reims, cette seule idée d’un sacrifice d’une femme-soldat ne suffit pas.

Alors allons-y, pénétrons à nouveau dans l’histoire, du moins dans les moments les plus ardents de l’épopée. On sait qu’elle est capturée à Compiègne par le camp bourguignon, puis livrée aux Anglais qui l’enferment dans la forteresse de Rouen. Et là commence l’infâme procès ecclésiastique, qui permet à l’ennemi d’accréditer l’idée selon laquelle Jeanne est une sorcière, un envoyé du Démon, ce qui explique ses victoires… et par là même, de discréditer Charles VII qui a confié les destinées du Royaume à une créature du Diable. Enfin et surtout de rendre invalide le sacre de Reims prôné par une sorcière : le Ciel ne peut bénir ce sacrilège…

     

L’IGNOBLE PROCÈS EN SORCELLERIE

On a tout conservé du procès de Rouen : des masses de dossiers, comme d’habitude. Jeanne pressée de questions d’abord anodines, puis de plus en plus sournoises ; Jeanne répondant aux unes et aux autres avec la même limpidité. Et puis le piège se resserre progressivement, comme dans tous les procès jugés d’avance, sous tous les cieux et à toutes les époques. On a décidé sa mort, et on la fera mourir de la manière affreuse que tout le monde connaît. Dans son principe, ce genre de conspiration judiciaire ressemble à toutes les autres. Et je viens de rappeler les motivations qui inspiraient ses bourreaux. Le mystère n’est donc évidemment pas là, dans cet enchaînement presque banal, qui n’avait rien d’inédit. Non, le mystère est ailleurs.

J’ai dit que pendant des années, je m’étais interrogé sur le sens qu’il fallait donner à cette seconde période de l’épopée, celle qui nous mène de Reims à Rouen. Car il y a toujours un sens à une vie de saint, toujours : aucune hagiographie n’échappe à cette règle. Lors, jusqu’à Reims, la mission de Jeanne est politique. Divine, mais fabuleusement politique. Sur la seconde période et son mystère, mon incompréhension se formulait en cinq questions essentielles.
Première question : pourquoi ce sinistre procès ecclésiastique ?

Bien sûr, il y a l’ambition personnelle de Cauchon, mais il ressort avant tout de cette affaire un scandale épouvantable, qui éclabousse l’institution de l’Église, puisque Cauchon est tout de même un successeur des Apôtres. Vous pourriez me dire : c’est la vie, le hasard, et si l’Église est parfaite, les hommes d’Église ne le sont pas…
Mais je ne parle pas de cela !

Tout est providentiel dans l’épopée de Jeanne : or, si tout y est providentiel, que signifie ce procès ecclésiastique dans une aventure guerrière et mystico-politique ? Autrement dit : qu’est-ce que la Providence Elle-même a voulu signifier ?

 

L’INCOMPRÉHENSIBLE MARTYRE

Deuxième question, de loin la plus tragique, la plus émouvante : durant toute la seconde période de l’épopée, il est patent que les Voix de Jeanne l’ont délibérément poussée vers son supplice. Pourquoi ? Elles lui disaient : surtout, ne cherche pas à t’évader. Et Jeanne essaie de comprendre, et quand elle interroge le Ciel, ses Voix ne lui répondent pas. Mais elle a 19 ans, elle ne veut pas mourir ! Elle tentera de s’évader, elle sera reprise. Elle dira : mes Voix m’avaient prévenue, je leur ai désobéi. De tout ce qu’on a entendu d’elle à cette époque, il ressort qu’elle n’a pas compris pourquoi ses Voix lui ont demandé d’accepter sa mort atroce. Et elle se débattait ! Elle disait : « Oh, je préférerais qu’on me tranche sept fois la tête, mais pas le feu ! pas le feu ! ».

Pauvre Jeanne, admirable petite sainte innocente, à qui l’on demande, à 19 ans, de se laisser réduire en cendres !…
            On l’emmène une première fois sur la place du Vieux-Marché. Ses juges veulent la contraindre à abjurer en public, elle s’y refuse ; et la foule qui spontanément s’emporte d’amour pour elle, lui crie :     « Abjure, Jeanne ! abjure donc, ils vont te brûler !… Abjure, petite ! Ne les laisse pas faire »
Et elle s’effondre ! Elle abjure…. Eh bien oui, tout ce que j’ai dit est faux, je n’ai jamais entendu les Voix… « Bravo, Jeanne, bravo ! tu es sauvée ! » Tout le monde sait qu’elle ment pour ne pas mourir, mais la foule est soulagée.
Tout le monde, à ce moment-là, sait qu’elle ment.
Mais un jour ? Plus tard ? Que dira-t-on d’elle ?
Et Jeanne, que peut-elle penser d’elle-même ?
Et que lui diront ses Voix ?

Elles ne se font pas attendre : à son retour dans sa prison, elles lui reprochent son attitude. Et Jeanne va se reprendre : « Non, non ! mes Voix m’ont parlé ! J’ai menti pour ne pas mourir, mais elles m’ont parlé ! » Son tribunal ecclésiastique saute sur l’occasion pour aggraver son cas : « Relapse ! tu périras donc bien par le feu ! Tu retourneras sur la Place, et cette fois-ci, nous te brûlerons ! » Et l’ignoble Cauchon se tournant vers Warwick : « ça y est, elle est prise ! »

 

NOTRE PLUS GRANDE SAINTE…

Oh, Jeanne… Elle a tout tenté pour vivre, même si, deux ans plus tôt, elle pressentait la brièveté de l’aventure. Mais quelle est cette année de trop ? Mais ses Voix semblaient la conduire, et il ne suffisait pas d’accepter de bon cœur leurs demandes, car elles l’obligeaient à obéir, elles lui disaient : « courage, Jeanne… nous sommes avec toi ». Mais elles l’ont menée soit de gré, de Domrémy à Reims, soit de force, de Reims au Vieux-Marché de Rouen. En regardant une dernière fois ces murs, ces maisons à colombages, cette foule, la petite Jeanne de 19 ans laissera échapper ces mots poignants d’innocence, d’incompréhension et de soumission :
« Rouen… Rouen… Est-ce ici que je dois mourir ? »
            Mais jamais elle ne renouvellera son parjure, et sur son effroyable bûcher, tandis que les flammes l’atteignent déjà, elle criera ces derniers mots :
« Non ! mes Voix ne m’ont pas trompée !…
… Jésus !…
… Jésus !…
… Jésus !…
… Jésus !…
… Jésus !…
… Jésus !…»
Six fois de suite le nom du Rédempteur, jusqu’au dernier « Jésus ! » qui se confondit en un cri d’agonie…

Le poète Charles Péguy écrira de Jeanne : « La sainte la plus grande après sainte Marie ».
Oui… Et c’est pour nous, c’est pour la France, que le Ciel l’avait donnée…

Troisième question. Car on essaiera de nous dire : eh bien oui, c’est vers le martyre que ses Voix la conduisaient ! Voilà pourquoi elles lui demandaient avec autant d’insistance d’accepter sa mort !
Sans doute…
            Mais martyre de quoi ?
            De la foi ? Personne ne lui a jamais demandé de renier sa foi. Tout au contraire dans cette histoire terrible, c’est un tribunal de la Sainte Église catholique, apostolique et romaine qui la jugeait. Au point que plus tard, il fallut que Charles VII demande à l’Église de bien vouloir ouvrir un procès en réhabilitation, afin que le second efface le premier. Mais il n’a jamais été question de foi là-dedans.

Elle était jeune, et sans doute séduisante. Pour une raison qui m’échappe, peut-être par nationalisme anti-germanique, nos deux derniers siècles l’ont représentée brune, tandis que le XVe siècle finissant la donnait blonde. Récemment, la découverte d’une fresque sous de la chaux qu’on passa sur les murs, à l’occasion d’une peste locale, à Notre-Dame de Beaumont, près de Domrémy, a tranché. L’œuvre est contemporaine de l’Héroïne, qui est représentée la joue ronde, les cheveux blonds et les yeux d’un bleu azur.

Elle était belle, jeune, et vierge… Martyre de la pureté ? Non. Certes, elle a assez supplié qu’on la transfère dans une prison ecclésiastique, puisque c’est un tribunal ecclésiastique qui la jugeait. Mais on la laissa dans sa forteresse de Rouen, de sorte que ses geôliers n’était ni des femmes ni des religieux, mais un corps de garde composé, naturellement, de gens frustes et brutaux. Vulgaires, grossiers sans doute, et qui ont commis quelques gestes déplacés, ce dont elle s’est plainte. C’est ainsi qu’elle expliquera qu’après avoir accepté de se vêtir en femme, elle soit revenue rapidement à ses habits masculins pour protéger sa pudeur.

Quelques privautés qui l’ont fait souffrir et de grasses plaisanteries de soldats. Mais rien de plus, cela est absolument certain, car elle l’aurait dit durant son procès.

 

MARTYRE DE QUOI ?

Non, elle n’est pas un martyr de la pureté. Et pourtant, sa mort n’est pas une simple « mort pour la France » ; tout le monde sent bien qu’elle est au-delà, plus loin, plus haut encore.
Mais alors, martyre de quoi ?

Mes deux dernières questions ne faisaient que m’embrouiller encore. La quatrième s’interrogeait sur le temps qu’il a fallu à l’Église pour la reconnaître comme sainte. 500 ans ! Cinq siècles ! Cette période couvre à elle seule le quart de toute l’histoire du Christianisme et de l’Église : du jamais vu. Jamais l’Église n’a pris autant de temps.

S’agissant de Jeanne, cette incroyable longueur me semblait d’autant plus inexplicable qu’on savait pertinemment qu’elle avait accompli des miracles. Et quels miracles ! Non, je ne parle pas de l’épopée elle-même, j’en reste au point de vue strictement religieux. Il en est un, au moins, qu’elle a obtenu, qui plus est, de son vivant, et qui est rare parmi les œuvres de tous les saints. Cela se passe d’ailleurs durant la deuxième période : à Lagny, on lui demande de se rendre au chevet d’un nouveau-né qui ne donne plus signe de vie depuis… trois jours. Pour qu’elle fasse quelque chose, puisque cette jeune héroïne semblait pouvoir renverser même les montagnes. L’enfant n’avait pas été baptisé, et Jeanne dira au procès de Rouen : « Il était noir comme ma cotte ».

Elle entre dans la maison, se met à genoux en prières devant Notre-Dame, en compagnie d’autres pucelles. L’enfant s’éveille, et bâille à trois reprises. On s’empresse de le baptiser. Il meurt, et peut être inhumé en terre chrétienne. Connaissez-vous beaucoup de saints, même parmi les plus grands, à qui il a été donné la grâce d’obtenir la résurrection d’un mort ? C’est pour eux évidemment la marque absolue de leur sainteté, puisqu’ils sont ainsi configurés au Christ qui a vaincu la mort.

Eh bien, il aura tout de même fallu cinq cents ans pour que l’Église se dispose à mettre Jeanne sur les autels. 500 ans ! Et on nous répond : mais c’est parce que la France était devenue une république athée, qui s’opposait à des États chrétiens, alors il était délicat pour Rome de canoniser ce qui était devenu un mythe national français.

Attendez, pas si vite ! Vous parlez du contexte qui précédait la canonisation, mais avant ? sous nos rois très chrétiens, fils aînés de l’Église ?

 

LE DERNIER MARTYRE

Enfin, dernière question, sans nul doute celle qui me troublait le plus. Les graines du martyre sont la semence de la chrétienté, tout le monde sait cela. Or, quand on observe le déroulement de notre histoire avec un peu de recul, que voit-on ? L’épopée johannique se situe à la fin du Moyen-Age, c’est-à-dire la fin de l’unité chrétienne de l’Europe, et la période qui suit est celle de l’entrée dans les Temps Modernes.

La tunique de l’Église déchirée, les idéologies de Luther et de Machiavel, l’invasion du subjectivisme, du modernisme, l’empoisonnement progressif de la cité. Quoi ! L'épopée de Jeanne, que personne n’attendait, que personne n’eut même osé espérer, montrait d’abord, et de façon éclatante, une extraordinaire promiscuité, une intimité radieuse entre la Terre et le Ciel.
Et que se passe-t-il à la génération suivante ? Un commencement d’éloignement des hommes par rapport à leur Créateur, Dieu que l’on se représentera de plus en plus comme une toute-puissance lointaine ; puis si lointaine qu’on ne sera plus vraiment sûr de Sa toute-puissance ; puis plus vraiment sûr de Son existence puis tout à fait certain de Son inexistence ; et enfin un Dieu dont se sera tellement éloigné qu’on finira par préférer retourner adorer les antiques idoles, au centre desquelles tourne et retourne sur lui-même… le Serpent.

Car ainsi peut-on résumer l’histoire de nos cinq siècles de modernité. Et c’est son antithèse absolue, c’est Jeanne d’Arc qui précède immédiatement cela ? Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Son martyre était-il donc stérile ? La semence de son supplice n’aurait-elle donné aucun fruit ? toutes les histoires de tous les saints ont un sens évident, délivrent un message simple, afin de nous édifier. Et cette sainte-là, qui est un géant non seulement de l’histoire profane, mais aussi de l’histoire sacrée, cette sainte serait morte là, inutilement, à l’entrée des Temps Modernes, incarnant au plus haut degré une époque vaincue, que nos vainqueurs ont appelée plus tard, par dérision et mépris, le « Moyen-Age » ?

JEANNE D’ARC ET LUTHER

Mon Dieu, rationnellement, il fallait bien s’y résoudre. Et, ne trouvant pas de réponse à mes questions, il me fallut honnêtement écrire, notamment dans Le Pouvoir légitime, que le feu de Luther crépitait déjà sur le bûcher de Jeanne, puisque, malgré son histoire inouïe, Luther, un moine débauché, avait mieux su convaincre d’une prétendue distance infinie entre les hommes et leur Créateur…

Longtemps, vous dis-je, longtemps je suis resté devant ce mystère comme devant une porte fermée, sans même savoir si elle se fermait sur le néant, ou bien plutôt sur quelque secret inaccessible.

Et puis, dans un de ces moments où l’on croit soi-même qu’on ne cherche plus… et peut-être d’ailleurs avais-je cessé de chercher ? C’est alors mieux ainsi… La réponse m’est venue, magnifique, éblouissante, comme une porte qui s’ouvre soudain sur le soleil. Évidente aussi, tellement simple !

 

À L’AUBE DES TEMPS MODERNES

Mais oui, Jeanne est à l’entrée des Temps Modernes ! Elle s’y enflamme comme cette colonne de feu de l’Écriture, qui brûle devant le passage de la Mer Rouge. Elle est la lumière à l’entrée de la nuit, pour qu’au plus profond de nos tribulations, nous nous rappelions qu’elle était là, à l’entrée ; qu’elle avait vécu une histoire sans exemple.

Elle semble nous dire : « ne perdez jamais l’espérance, ne vous laissez jamais troubler, pas même par la crise de la foi qui ébranle aujourd’hui notre sainte mère l’Église ! Souvenez-vous de moi, je n’étais rien, qu’une pauvre bergère analphabète. C’est pour cela que le Ciel m’avait choisie, pour montrer Sa puissance ; souvenez-vous par moi de la puissance infinie du Ciel ! »
Elle est là dans son épopée miraculeuse, et sa place apparemment insolite dans le déroulement de notre histoire, n’a pas d’autre sens que celui de nous faire comprendre qu’à ce miracle immense, à l’entrée des Temps Modernes, répondra un miracle de même ampleur… à la sortie. Quelque chose, ou quelqu’un, je ne sais, mais un événement aussi extraordinaire qui nous attend.

Et c’était là le secret de Jeanne : elle ne s’adressait pas à d’autres siècles, mais seulement à notre époque. Autrefois, on pouvait penser que Jeanne restait incompréhensible. Mais aujourd’hui ? tandis que les ténèbres s’épaississent, et s’épaissiront encore ? Tandis que, dans quelque temps, la solitude et le désespoir seront nos derniers sentiments ?

 

GARDER L’ESPÉRANCE

Jeanne, bergère de Domrémy… Saint Rémy, le fondateur de ce royaume aujourd’hui précipité dans la tourmente, comme jamais il ne le fut. C’est parce qu’à présent, et demain plus encore, tout nous semblera perdu, que Jeanne a vécu et a souffert un martyre dont elle-même, depuis lors, connaît le sens. Martyre de l’espérance, martyre de la patience, martyre de la soumission aux plans de la divine Providence, martyre de la fidélité au Ciel qui lui parlait, sans qu’elle comprenne toujours pourquoi le Ciel l’avait conduite de Domrémy à Reims, puis de Reims à Rouen.

Jeanne est cette colonne de feu dont la voix traverse les siècles, pour hanter notre mémoire de son épopée encore unique ; mais dont la lumière nous suit, nous accompagne dans l’espérance, jusqu’à une aube qui, un jour, se lèvera.

Yves-Marie Adeline

nota: Yves Marie Adeline est le fondateur de l'Alliance Royale, écrivain et poête et professeur d'université en sciences politiques, il a écrit entre autres "la droite ou l'on arrive jamais"; "le royalisme en questions"; "le pouvoir légitime"; "histoire mondiale des idées politiques"; "la pensée antique" et plusieurs poèmes et une pièce de théatre sur Marie Antoinette Reine de France; une partie de ses livres est en vente à la boutique de l'Alliance Royale.

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