Vendredi 12 juin 2009
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éditorial tiré de la lettre confidentielle du "Lys de France"
Lys de France
www.lys-de-france.org
Depuis le XIXème siècle, « l’absolutisme » de Louis XIV se résume en une phrase apocryphe :
« L’Etat, c’est moi ! » (1). Or, en 1715, au crépuscule de sa vie, le Roi-Soleil prononce très exactement « Je m’en vais, mais l’Etat demeurera
toujours », une conception classique du pouvoir absolu.
La monarchie absolue correspond à la définition du pouvoir souverain, qui, comme le précisa le juriste
Cardin Le Bret « n’est pas plus partageable que le point en géométrie ». Absolu du latin Absolvere signifie dégager, détacher, délier. Le Professeur Jean Barbey
(1) écrit « dans la monarchie, celui qui en est le titulaire exerce un pouvoir par nature indépendant, dégagé de tout ce qui pourrait lui interdire de décider en dernier
ressort, un pouvoir que son principe même empêche qu’on lui fixe des bornes, car ce serait se réserver sur lui un droit souverain ». Même les opposants à la politique religieuse de
Louis XIV concède à son pouvoir absolu son impérative nécessité. Le calviniste Pierre Bayle, contraint à l’exil, reconnaît que « le seul et vrai moyen d’éviter en France les guerres
civiles est la puissance absolue des monarques ».
De plus, la monarchie absolue est un régime tempéré et discipliné. Conformément à l’expression de saint
Jérôme « un seul capitaine sur un navire, un seul maître dans la maison », le roi exerce seul le pouvoir, il est monarque « sans liens mais non sans
limites » (2). En effet, son gouvernement personnel s’organise autour d’un Conseil et lors d’une procédure normative, le roi prend sa décision sur le rapport d’un ministre.
Quant aux Parlements (Cours de justice), véritables contre-pouvoirs, ils détiennent le droit de remontrance. Mais, pour Claude de Seyssel, c’est la soumission du roi à l’ordre divin qui est
« le premier frein et retenail des rois de France ».
De nos jours, les politologues évoquent régulièrement les « dérives monarchiques » pour dénoncer
un éventuel glissement des institutions vers un régime « arbitraire sans foi ni loi ». Ils ne font alors que pratiquer un révisionniste historique où le dénigrement et le ridicule se
substituent à la vérité. C’est ainsi, par exemple, que dans l’affaire des écoutes téléphoniques de l’Elysée réalisées sous François Mitterrand on a parlé de « dérive
monarchique » ! Certes, les Bourbons avaient certainement « l’ouïe » fine ! mais il est quand même difficile d’imputer cette pratique d’atteinte aux libertés à nos rois
lorsque l’invention ne date que de 1861 ! Toutefois, il est vrai que les rois étaient naturellement à l’écoute de leurs peuples et qu’hier il était plus facile d’obtenir une
« audience » royale qu’aujourd’hui une « audience » présidentielle.
Quant à l’Homo sapiens du XXIème siècle bercé par l’individualisme et l’égoïsme, il ne peut pas
concevoir le Grand Siècle avec ses valeurs civilisatrices de « commun profil » et de « bien de la chose publique ». Pourtant, Louis XIV agit que pour « le bien public
pour qui seul nous sommes nés ». Fondateur de l’Hôtel Royal des Invalides, il laisse s’exprimer dans cette action publique ses vertus chrétiennes et entend par ce lieu emblématique de
la grandeur charitable de la monarchie « tirer hors de la misère et de la mendicité les pauvres officiers et soldats de nos troupes, qui ayant vieilli dans le service, ou qui dans les
guerres passées ayant été estropiés, étaient non seulement hors d’état de continuer à nous en rendre, mais aussi de rien faire pour pouvoir vivre et substituer » (4). Ainsi, le
roi n’a pas attendu qu’un clochard meurt de froid pour agir et pour construire un établissement respectueux de la dignité humaine.
Sous la protection du dôme de Saint-Louis des Invalides, des clochards campent sous des tentes fournies
par une « Organisation Non Gouvernementale » alors qu’à l’origine cette Institution royale accueillait les mendiants ! Aujourd’hui, outre les anciens militaires
« estropiés », elle accueille des touristes, des fidèles le dimanche et des mondains pour des soirées de Gala.
(1) : En 1818, l’historien Pierre Edouard Lémontey lui en a attribué, à tort, la
paternité : « Enfin, le Coran de la France fut contenu dans quatre syllabes et Louis XIV prononça un our : l’Etat, c’est moi ». Cette phrase est la conclusion d’un
paragraphe où l’auteur stigmatise l’omnipotence de la volonté royale.
(2) : Être roi, Fayard, 1992.
(3) : François Bluch, Louis XIV.
(4) : Edit du Roy pour l’établissement de l’Hôtel Royal des Invalides, donné au mois
d’avril 1674.