Vendredi 12 septembre 2008
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En août 2008, après les combats qui l’ont opposée à la Géorgie, la Russie a reconnu
l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie comme Etats indépendants. Le 1er septembre, l’Union Européenne a contesté cette reconnaissance. Le 8 septembre, M.Sarkozy s’est rendu à Moscou, pour
négocier la sortie de crise. En tant que président en exercice du Conseil européen, il était accompagné par le président de la Commission européenne et par le
Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune. En tant que Président de la République, il était également accompagné par son ministre des affaires
étrangères, M. Kouchner. Même s’il avait un drapeau tricolore dans une main et un drapeau étoilé dans l’autre, personne ne doute que c’est principalement au nom de l’Union Européenne
qu’il intervenait.
L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie sont deux régions du Caucase économiquement et stratégiquement
clefs, la première à cause du pipeline transcaucasien, la seconde à cause du potentiel touristique de la « Riviera Géorgienne ». A l’époque de l’Union soviétique, ces deux provinces
avaient un statut autonome. Elles ont été officiellement rattachées à la Géorgie en 1991 sur fond d’exaspérations nationalistes. En 1992, elles se sont
déclarées indépendantes, avec le soutien des Russes, qui ont tout intérêt à les détacher du giron géorgien. Les conflits se sont alors multipliés, jusqu’aux combats de
2008. Nous ne nous trouvons pas seulement en présence d’un conflit local. C’est d’ailleurs rarement le cas lorsque des éruptions politiques embrasent les failles tectoniques comme
le Caucase ou les Balkans. Risquons une analyse géostratégique, bien entendu simpliste, mais permettant, espérons-le, de se représenter les forces en présence.
La Géorgie se trouve en ce moment sur la ligne de fracture entre les USA
et la Russie. Candidate à l’OTAN, elle constitue un poste avancé de la politique de « containment » américaine. Depuis la fin de l’Union soviétique,
les Américains ont progressé partout, dans toute la zone d’influence de leur ancien adversaire, de l’Afghanistan aux Pays baltes en passant par l’Irak, l’Ukraine, et la Pologne. Les Russes se
trouvent acculés sur leurs propres frontières et leur réaction en Ossétie pourrait signifier leur détermination et marquer la fin de la progression américaine.
La Géorgie se trouve également à la frontière orientale d’un vaste ensemble disparate qui s’appelle
l’Europe. Il est logique et même inévitable que l’Union Européenne cherche à consolider son élargissement à l’Est. Elle le fera, s’il le faut, contre la Russie, d’autant que celle-ci veut à
l’inverse reprendre l’ascendant sur ses anciens satellites, au moins économiquement. L’Europe trouve par la même une occasion de se faire admettre comme un acteur diplomatique de premier plan,
selon l’esprit du traité de Lisbonne, même s’il lui manque un facteur essentiel de l’action diplomatique : l’unité de décision.
Cette situation est-elle durable ? Dangereuse ? Cela dépend de la détermination des Russes et des
Américains. Où est le droit ? Il pèse peu dans ce jeu de puissants où les considérations stratégiques se mêlent aux intérêts économiques et aux exacerbations nationalistes. Que vient faire
la France dans cette histoire ? C’est très difficile d’en juger. Elle est totalement absente dans la région, contrairement à l’Allemagne, et n’y exerce aucune influence. Elle n’a aucun intérêt à
s’aliéner les Russes. Elle doit en même temps compter avec les Américains dont elle a besoin pour assurer sa sécurité et ses échanges stratégiques dans le monde. Entre ces deux géants, elle peut
être une voie de conciliation. Est-elle contrainte de prendre parti ? Il est presque impossible de répondre de façon tranchée, et nous préférons laisser le lecteur apprécier.
Mais voilà, même s’il existait une réponse, elle n’aurait aucune importance : la France a perdu toute
autonomie de décision au profit de l’Union européenne. Elle ne peut même plus se tromper de cheval ! Pourtant, il vaut mieux être capable de faire un mauvais choix que de ne pas pouvoir choisir
du tout ! Car la France ne peut désormais que s’aligner sur les intérêts et les décisions de l’Union européenne. Comme si notre intérêt était avant tout d’être membre de l’Europe, au prix de
l’abandon de toute politique strictement française. N’est-ce pas le cas en Afrique, d’où, conformément au Livre Blanc, nous nous désengageons progressivement.
Si bien que le président français n’est pas venu annoncer la reconnaissance par la France des
frontières de la Géorgie, cette dernière s’en contrefichant d’ailleurs probablement. M.Sarkozy n’est même pas le porte-parole des 27 Etats européens. Il est venu comme le président de l’UE, pour
affirmer au nom de l’UE la souveraineté de la Géorgie sur deux provinces disputées par la Russie. Nous touchons là un point crucial. En général, la politique étrangère d’un Etat souverain se
fonde en premier lieu sur la reconnaissance de la souveraineté des autres Etats, c’est même un acte souverain par excellence, aussi grave que de déclarer une guerre, parce que les conséquences
touchent directement l’intégrité d’une nation et sa place dans ce que l’on appelle non sans manières la « communauté internationale ». Et le fait que M.Sarkozy était accompagné par le « Haut
Représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune », montre bien la volonté de mener une politique étrangère spécifiquement européenne. C’est bien l’esprit du Traité de
Lisbonne, même si la lettre ne le dit pas explicitement.
Or il se trouve que la souveraineté ne se partage pas. Il ne peut donc pas y avoir de poupées russes :
un Etat souverain ne peut pas en contenir un autre. Si l’Union Européenne parle dans le concert des nations, alors la France n’a plus qu’à se taire. Il ne s’agit pas d’adopter une
posture étroite qui consisterait à dérouler des bobines de barbelé autour de nos frontières et à faire cavalier seul. Nous ne pouvons pas faire abstraction de notre environnement et notre pays
est amené à coopérer dans tous les domaines où il ne peut agir seul, qu’il s’agisse de contrôle des espaces maritimes ou de prévention contre les catastrophes industrielles, ou bien d’autres
sujets encore. La France peut même être amenée à déléguer temporairement et partiellement l’exercice de sa souveraineté à une instance européenne, ou à une organisation comme l’OTAN, l’OCDE ou
l’ONU, pourvu que la coopération ainsi installée permette d’être plus efficace, en vertu du principe de subsidiarité. Mais l’Alliance Royale rappelle que toute alliance doit être maîtrisée,
réversible et librement consentie, et c’est justement par la diplomatie que l’on peut maîtriser ses alliances. C’est pourquoi une nation souveraine digne de ce nom, quels que soient ses
engagement, ne pourra jamais déléguer sa politique étrangère.
Les positions géostratégiques dans le monde sont en train de bouger. Quelle place la France doit-elle
occuper ? Quel rôle l’OTAN doit-il jouer ? De quelle Europe avons-nous besoin ? On ne peut pas avoir confiance dans une République qui, avec ses aspirations universelles, n’a d’autre choix que
d’abandonner la France à l’Europe et de susciter par là même un nationalisme exacerbé. Qui mieux que le Roi peut garantir la pérennité de la souveraineté française dans nos engagements
internationaux ? A l’occasion de la campagne européenne, c’est toute la question de la souveraineté française que l’Alliance Royale entend
bien reposer.
Bruno Castanier