Recherche

 

1-      Locke (1632 – 1704)

 

Venu une génération plus tard, il civilise les idées un peu sauvages de Hobbes. Ses ouvrages importants sont : lettres sur la tolérance et le Traité du gouvernement civil. Ils peuvent être considérés comme la bible du libéralisme politique. Avec lui, la « sociologie » libérale atteint sa formulation quasi-définitive. Rousseau et Montesquieu ne feront que réécrire avec élégance des idées qu’il formule pesamment. John Locke est le type du lourd bourgeois anglais qui a appelé au pouvoir le hollandais Guillaume d’Orange en 1688. il participera d’ailleurs longtemps au gouvernement, se distinguant par son intégrité dans une époque où on ne l’était guère.

Quelles sont les idées maîtresses de Locke ? On en trouve quelques-unes dans la Lettre sur la tolérance où il explique la politique de son maître Guillaume d’Orange : il faut tolérer toutes les religions sauf la religion catholique.

 

Voici pourquoi : la fin de l’état, dit-il, est de protéger les biens fondamentaux : la liberté, la vie, la propriété. La religion est donc hors de sa compétence, elle qui ne s’occupe que de mystique, prières, bienfaisance. Dieu seul peut juger quelle religion est vraie : que donc chacun s’occupe de se rendre meilleur soi-même, et n’aille pas embêter le prochain avec ses idées, du moment que le prochain respecte la liberté, la vie et les biens. Les sectes protestantes acceptent bien ce contrat car elles ne sont qu’une association de gens qui exercent en commun leurs convictions individuelles, et qui changent sans hésiter de secte quand ils changent d’interprétation de la Bible. Au demeurant, ils sont utiles et l’état doit les protéger car des gens qui ont une religion seront honnêtes et paisibles et ils respecteront leurs contrats : ce qui est très bon pour le commerce. Par contre, la religion catholique est un danger permanent : elle prétend avoir mandat de Dieu pour dire le bien et le mal, elle prétend dans son domaine propre échapper à l’autorité de l’état. Enfin elle prétend que l’état a d’autres devoirs que ceux d’assurer la prospérité du commerce.

 

Dans le Traité du gouvernement civil, paru plus tard, il systématise ses idées.

 

D’abord, l’homme ne peut pas être rendu meilleur par la vie sociale. L’homme est un être passionné, avide et égoïste qui reste toujours le même sous le vernis que peuvent donner passagèrement les coutumes d’une époque paisible. Quinze siècles de christianisme en Angleterre ont laissé l’homme aussi cruel et féroce qu’avant le Christ, comme on l’a bien vu sous Cromwell. Au fond, les hommes sont foncièrement égaux, jouets de leurs passions, sans qu’on puisse dire que l’un est plus vertueux ou plus capable que l’autre.

 

Faisons attention à ce point, il est important : tous les hommes sont égaux veut dire qu’un délinquant vaut autant qu’un honnête homme. L’un comme l’autre sont menés par leurs passions. Quand Rousseau dit que les hommes sont tous également bons par nature et quand Hobbes dit qu’ils sont tous également mauvais et féroces par nature, l’un et l’autre veulent dire la même chose : l’homme n’est pas réellement perfectionnable par la Loi. On ne doit pas faire de différence entre les « bons » et les « mauvais », du moment qu’il n’y a pas d’inconvénient pour l’ordre public. La vertu est une illusion. En termes chrétiens, on nie ici, soit le péché originel en disant que tous sont bons et n’ont pas besoin de Rédemption, soit la Rédemption en disant que tous sont mauvais. Le résultat pratique est le même. Mais il y a une conséquence qui suit toujours : Si l’utopie ne marche pas, ce n’est pas parce que le mal à corriger est au-dedans de l’homme, c’est parce qu’il y a des « salauds » à exterminer. Retenons cela : Rousseau le dira explicitement, Robespierre, Lénine, Mao, Pol-Pot le mettront en pratique.

 

Mais alors, remarque Locke, Aristote se trompait quand il disait que l’homme est un animal politique. Aristote enseignait que l’homme est incliné naturellement à vivre en société, parce que c’est par la cité, au contact avec les autres, perfectionné par les qualités des autres et par les lois bonnes, que l’homme peut atteindre sa perfection. Hobbes a, contre cela, un argument typique de bourgeois : le prochain n’est pas un ami, dans la société, c’est un prédateur rival. Vous fermez votre porte à clé parce que vous savez bien que s’il le peut, le prochain va vous voler votre bien. Donc la cité n’a pas pour fin naturelle de rendre les hommes meilleurs. Quand le prince fait des lois il est illusoire qu’il se donne pour fin de rendre les citoyens vertueux. Le prince doit avoir pour fin la préservation du bien, de chacun : la vie, la propriété, la liberté. Si les hommes vivent ensemble, ce n’est nullement parce qu’ils y sont inclinés par nature. Par nature, l’homme est indépendant. Locke comme Hobbes, étaye son utopie sur « l’état de nature », qu’il essaie d’imaginer de toutes pièces à partir de ses a priori : un être étrange, jouet de ses pulsions passionnelles, férocement indépendant et asocial. Ce sera le « bon sauvage » de Rousseau. Bon, parce que bridé par aucune contrainte sociale. Toutes ses pulsions s’exerçant librement, elles sont spontanément harmonieuses. Le bon sauvage n’est aliéné par rien. Il est vertueux parce que libre.

 

La liberté au sens d’absence de contrainte, est donc la valeur suprême. Comment se perd-elle ? Parce que les hommes renoncent à leur indépendance pour s’enrichir. L’homme, sans y être incliné par nature, au contraire décide de vivre avec d’autres pour s’enrichir et accepte, en contrepartie, de limiter son indépendance. C’est un contrat : la meilleure société sera donc celle qui assurera à chacun le maximum d’enrichissement avec le minimum de contraintes. Et puisque le but essentiel de la vie est de s’enrichir, il y a un minimum de garanties sans lesquelles le pouvoir sort ipso facto du contrat social, devient illégitime, devient « un monstre en politique » disait l’Abbé Grégoire. Lesquelles ? Les droits de l’homme : la vie, la liberté, la propriété. Avant même toute promulgation de constitution doivent être posées ces garanties fondamentales sans lesquelles le contrat social est impensable.

 

Pourquoi faut-il un pouvoir au fait, alors qu’il pose tant de problèmes à la liberté ? mais parce que sans un pouvoir qui fasse respecter les contrats, ce serait la jungle et la loi du plus fort. Le souvenir sanglant des années de guerres civiles est encore tout frais pour les contemporains de Locke ; ils ont senti dans leur chair ce que coûte l’anarchie. Donc il faut un prince. Mais qu’est-ce qui garantit que le prince, une fois au pouvoir, respectera le contrat, puisqu’il a la force. Car aux yeux d’un libéral, l’idée que le roi puisse aimer son peuple comme un père aime ses enfants et, que ce dévouement soit la meilleure garantie contre la tyrannie, cette idée est étrange et irréelle. Il est acquis que l’homme est un prédateur asocial. Et bien, on va diviser les pouvoirs : législatifs, exécutif, judiciaire. Chacun surveille les deux autres et si l’un a les griffes trop longues, aussitôt les deux autres s’unissent contre lui par instinct de conservation. C’est touchant de simplicité géométrique. C’est donc si simple, la sagesse ! Ce problème, Locke l’a vu se poser sous ses yeux lorsque le parlement décida d’importer un roi de Hollande. Pas de légitimité, pas d’amour, pas de devoirs mutuels. Un contrat. Le peuple (c’est à dire la minorité riche et influente qui s’identifiera plus tard sous le nom d’ « Establishment ») se choisit un roi. Et c’est sous les yeux de Locke que le système parlementaire moderne commença à se rôder. Désormais, la monarchie tempérée traditionnelle qui existait en Angleterre à peu près depuis Jean sans Terre, devient une démocratie idéologique.

 

Quelle garantie que le contrat social correspond bien à la volonté des individus libres et égaux ? le vote. Il permet d’adapter les lois à l »état actuel du compromis mutuellement avantageux et accepté globalement.

 

Tout y est. Même l’idée de progrès est en germe dans l’idée d’un gouvernement d’autant meilleur que la richesse augmente avec la liberté.

 

Et la science ? Locke a sous les yeux les débuts de l’industrialisation anglaise. Et il a une intuition remarquable qui résume un état d’esprit latent depuis la renaissance : la science qui produit des machines, la science qui rapporte est la « vraie » science. Parce qu’elle rapporte. Elle contribue au progrès. Et il résume son intuition ainsi : « Science is power ». La science, c’est le pouvoir de transformer le monde.

 

 

1-                                                     (prochainement) Adam Smith (1723 –1790)

  

Retour à l'accueil

Texte libre

Le bulletin périodique de l'Alliance Royale est un Bimestriel destiné à nos adhérents et à tous les sympathisants de la cause Royale et surtout comme support papier à l'usage de ceux qui ne sont pas usagers d'internet, il est donc nécessaire de les inciter à s'y abonner. Nous comptons sur ceux qui nous lisent afin qu'ils en fassent la promotion.


Pour s'y abonner aller sur "catégorie: abonnez-vous".

Calendrier

Décembre 2008
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus