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I.    Les Théoriciens 

                          C’est en Angleterre, au sein même des soubresauts sanglants engendrés par le protestantisme, que se formule pour la première fois une conception de la vie sociale, telle qu’elle se stabilise lentement et douloureusement sous les yeux des anglais. Inévitablement, ils vont être amenés à proposer une conception de la nature humaine comme fondement à leur vision de la société. L’approche est empirique et frustre. Il appartiendra à Kant, un siècle plus tard, de proposer une métaphysique globale de l’univers et de proposer un modèle de fonctionnement psychologique de l’homme, cohérente avec la sociologie libérale.

                          

 

Trois noms sont à retenir dans cet effort de rationalisation : Hobbes (1588-1679),  Locke (1632-1704), Adam Smith (1723-1790) : une évolution cohérente de la pensée philosophique anglaise qui durera un siècle et demi, pénétrera toute la pensée politique du XIXè et trouvera son apogée apparente sous la reine Victoria. 

                             Avant d’aborder leurs écrits, il faut avoir dans l’esprit l’environnement historique dans lequel ils vivent. 

1-     Le Milieu Historique

                           A partir de Henri VIII, l’Angleterre connaît une période de stabilité politique sous le despotisme impitoyable de ce roi et d’Elisabeth 1ère. Pendant ce temps, les marchands de Londres prospèrent. Mais derrière cette façade règne une misère terrifiante. Deux millions ‘sur une population totale de six ou sept millions d’habitants) vivent dans une misère extrême depuis la destruction des milliers de monastères que comptait l’Angleterre de Henry VIII et l’expulsion par les nouveaux propriétaires protestants de ceux qui vivaient sur leurs terres. Les pauvres qui trouvaient secours dans les monastères sont désormais chassés. L’éducation gratuite des enfants pauvres disparaît. Henry VIII règle le problème de la misère comme il règle les problèmes religieux : la loi condamne les mendiants invalides à être mis dans les fers et fouettés, les valides à être attachés aux brancards d’une charrette et fouettés jusqu’au sang. En 1535 on renchérit sur ces peines : à la première récidive, les mendiants avaient l’oreille droite coupée, ils étaient condamnés à mort pour la seconde récidive.
                           Sous Edouard VI , le parlement arrêta que tout pauvre qui resterait oisif pendant trois jours serait marqué au fer rouge et resterait pendant deux ans esclave de celui qui l’aurait dénoncé. En 1572, des lois plus dures encore furent promulguées
(
í). L’Angleterre traînera la lèpre de l’esclavage jusqu’au XVIIIè siècle et celle du paupérisme de masse jusqu’à la fin du XIXè. La stabilité politique n’était obtenue que par une répression religieuse impitoyable. Quiconque n’avait pas la « ligne » du roi ou de la reine (laquelle changeait d’un règne à l’autre) était arrêté, torturé, souvent brûlé vif. Les catholiques furent le plus férocement poursuivis mais les calvinistes (appelés puritains) aussi. Sous Elisabeth, ils étaient brûlés vifs ou massés sur des navires pour être déportés en Amérique mais très souvent, les bateaux étaient souvent coulés en haute mer. Tout le monde connaît l’épisode des déportés puritains du « Mayflower » que le capitaine avait ordre de noyer en haute mer et qu’il conduisit par humanité sur la côte est des Etats Unis où ils fondèrent la Nouvelle Angleterre dans la région de Boston. Or, Elisabeth était simultanément et sans problèmes de conscience, chef de l’Eglise anglicane en Angleterre et en tant que reine d’Ecosse, chef de l’Eglise presbytérienne qu’elle imposait comme reine d’Ecosse. Les philosophes que nous allons étudier diront tout haut, en faisant un peu scandale, ce que tout le monde vivait en pratique sans état d’âme : il n’y a pas de vérité certaine dans la religion, elle est tout au plus utile pour la paix sociale.

                   Cette apparence d’ordre ne pouvait durer. La faiblesse des souverains suivants, le mécontentement des marchands londoniens, des velléités de retour au catholicisme, firent exploser dans la société les conflits religieux bâillonnés par le despotisme. Tout un éventail de révolutionnaires religieux se déploie depuis les mystiques anarchiques humanitaires jusqu’aux communistes sanguinaires. Le même éventail que plus tard, de Lafayette à Gracchus et Babeuf, de Tolstoï à Trotsky ;

Un nom résume cette époque : Cromwell (1599-1658), le dictateur qui fédère les mécontents et les unit « contre », puis une fois au pouvoir, commence à épurer ses anciens amis. Le pays ne trouvera son assiette qu’après 1815 après être passé de la férocité sanguinaire à la corruption la plus abjecte. Franklin se plaignait, au moment de la guerre d’indépendance d’Amérique, qu’on ne l’eût pas laissé faire car, disait’il touts les députés et tous les ministres étaient à vendre à Londres (í).

Deux anecdotes résumeront la férocité des mœurs : lorsque Cromwell rentrera victorieux de sa campagne contre les Irlandais, il offrit à chaque membre du parlement, pour fêter la victoire un cheval et deux esclaves. C’était tout naturel ! dans sa guerre contre les Irlandais, Cromwell extermina délibérément 1/3 de la population et il voulait un génocide complet qu’il dut interrompre à cause de la révolte écossaise.

                      Un siècle plus tard, en 1746, les protestants vainquirent à Culloden le dernier descendant de Jacques II qui tentait de recouvrer son trône usurpé. Après la défaite fut menée pendant des années, dans les « Highlands » d’Ecosse une guerre d’anéantissement : massacre systématique des femmes et des enfants, destruction des maisons, anéantissement du bétail. Et si aujourd’hui les hautes terres d’Ecosse sont désertiques, ce n’est pas dû à des causes géographiques et climatiques. Il s’agit d’un génocide délibéré et réussi perpétré en haine du catholicisme.

                      Voilà le monde dans lequel vivait – confortablement et du côté des riches –, les auteurs que nous allons étudier. Leur pensée s’est formée au contact de ce qu’ils voyaient.

 
                                note en apparté de la rédaction :
                                la lecture de ce qui précède pourrait nous faire penser que la Royauté n'est pas le meilleur système de gouvernement;         à cela nous répondons que la Royauté peut en effet devenir tyranique quand elle n'est pas contrôlée par une instance qui lui est supérieure; nous constatons à la lecture de ce qui précède que le peuple n'est pas un contre poids à la tyrannie car il n'y a pas la légitimité .contrairement à ce que l'on peut penser.        
                                Les droits de l'homme" qui seront mis plus tard en place sont régulièrment bafoués par tout pouvoir tyranique et par la masse elle-même prise dans son vote global car il est facile de manipuler la masse alors qu'il est difficile de manipuler des hommes éclairés par la loi naturelle.  En revanche si le Roi est tenu d'obéir à une loi supérieure à la sienne telle "les dix commandements" et qu'il n'est pas un chef religieux, alors la tyrannie est éradiquée car elle ne peut plus s'appuyer sur aucune légitimité meme celle de la force, le tyran peut être destitué car il devient légitime pour le peuple de le faire et son armée n'est plus tenue non plus à l'obéissance.

                                Nous pouvons aussi observer que l'Angleterre est actuellement une théocratie puisque la Reine en est le chef religieux ce que le Roi de France n'a jamais été. Un jour elle sera sans doute confrontée à ce paradoxe qu'il faudra bien qu'elle résolve.
                                 Dieu merci, en France, cela a été résolu depuis Clovis et Henri IV a renouvelé ainsi que sa descendance sa soumission. Le Sacre du Roi en France est un acte de soumission à Dieu et un acte lige vis à vis du peuple dans les devoirs à accomplir. Le sacre du Roi d'Angleterre est différent.

Prochainement

                   Les Théoriciens:  2 - Hobbes (1598 – 1679)


(í)Source Hyndmann. The historical basis of socialism in England

(í) Voir Bernard Fay. La Franc-maçonnerie et la révolution intellectuelle au XVIIIè siècle, 1961 ; éd. La Librairie Française p 64 .

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