DEUXIEME PARTIE
Histoire des idées libérales
ou
Comment l’infrastructure engendre la superstructure
Le libéralisme
commence dans la Religion par le protestantisme, s’incarne dans la vie sociale, prend vie dans le monde des idées et atteint son couronnement en s’annexant la religion
catholique.
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Dans l’histoire des idées,les influences
réciproques qui ont convergé vers le libéralisme sont multiples et complexes. L’exposé qui va suivre est donc une simplification presque caricaturale mais il donne bien l’essentiel du phénomène.
Pour ne pas rester dans l’abstrait, nous donnerons des noms à ces étapes ; car la dogmatique libérale s’est mise en forme peu à peu dans des intelligences influencées par le monde qui les
entourait.
Les étapes s’appellent : Luther,
Grotius, Hobbes, Adam Smith, Rousseau ; puis Freud et Marcuse. Une étude fouillée demanderait qu’on mentionne l’influence de la littérature utopique de la Renaissance, de
l’évolution de la conception du droit et de la société chez les philosophes et les légistes de la fin du Moyen Age, le courant romantique aux XVIIIè – XIXè siècles, etc… mais il est possible de
donner une idée substantiellement exacte de la gestation du libéralisme en se limitant aux auteurs qui suivent.
I. Les Précurseurs
1- Luther (1483 –
1546)
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Il faut commencer par Luther parce que la religion est toujours clé de voute de la vie sociale. Toutes les sociétés organisées sont nées autour du temple. C’est que la loi ne peut être acceptée pour règle commune que si elle est reconnue par tous implicitement, comme l’expression humaine de la volonté des dieux. Hors de là, c’est l’arbitraire de la force qui peut être subi mais non accepté cordialement. |
Les types d’organisation sociale sont toujours une conséquence de la religion locale. Bien entendu, ces sociétés ne sont pas égales, le type humain qu’elles engendrent dans leur maturité, leur capacité à engendrer un certain bonheur de vivre sont d’autant moins parfaits que leur religion est plus difforme par rapport à la religion catholique. Dans la chrétienté, le protestantisme va s’incruster dans des nations entières et engendrer après un temps de latence, un type particulier de relations humaines, de lois, de poésie, de science.
Des circonstances historiques vont donner une dynamique innatendue à la névrose de Luther (lire la semaine prochaine l'annexe sur la mort de Luther) Il n’entre pas dans le cadre de ce travail de s’y arrêter. Quel est l’essentiel de la prédication du moine débauché ? La foi sans les œuvres. On est sauvé parce qu’on croit en Christ et uniquement par cela : la foi-confiance. L’homme, pour Luther est radicalement mauvais, toutes ses œuvres sont mauvaises et la grâce couvre tout cela pour les élus. Qui est élu ? celui qui croit en Christ. Comment sait-on qu’on est vraiment élu, par le témoignage interne du croyant qui sent sa confiance en Christ, indépendamment de ses oeuvres.
Celui qui croit en Christ est sauvé quoi qu’il fasse, celui qui ne croit pas en Christ est damné quoiqu’il fasse. Telle est la doctrine, il faudrait dire la « fixation névrotique » de Luther. Il raconte lui-même que lorsque le démon venait le tourmenter en lui représentant ses péchés et en essayant de lui faire erdre confiance d’être sauvé, il le défiait disait-il, en commettant un bon gros péché bien gras et gluant pour lui prouver que rien n’ébranlait sa foi-confiance. Bien entendu, c’était sa raison et non le démon qui le tourmentait et lui rendait témoignage de sa propre déchéance. Même à la fin de sa vie, Luther gardait encore la notion du bien et du mal et se lamentait que les protestants étaient tous des débauchés. Nous verrons plus bas que la doctrine et le comportement de Luther ont d’abord un fondement pathologique qu’il est assez facile de cerner dans ses « propos de table », ces confidences qu’il faisait à moitié ivre à ses familiers.
Calvin apportera un correctif à cette doctrine : « la foi seule sauve mais la foi qui sauve n’est pas seule », c’est à dire que le comportement exemplaire est le témoignage visible de la prédestination au ciel. Mais il reste que les œuvres n’ont aucune influence sur le salut. Cette théorie contradictoire, forgée par nécessité parce qu’il devenait clair aux yeux de tous que la théorie luthérienne allait contre la Sainte Ecriture, engendrera le « style » puritain qui marquera profondément la psychologie genevoise, anglaise et américaine. Sévérité sinistre au-dehors, désordres moraux en coulisse. La contradiction logique s’incarne dans des comportements qui heurtent le bon sens des vieux peuples catholiques : tels que la prohibition aux Etats Unis, angélisme moral qui cohabitait avec le divorce par consentement mutuel.
La mentalité protestante évoluera avec les siècles mais il restera toujours cette notion que nosoeuvres sur la terre n’ont rien à voir avec le salut éternel.
Conséquence : que faire sur cette terre si on ne fait pas son salut ? le mieux est de s’aménager la vie la plus confortable possible. Les nations protestantes orienteront toute leur énergie vers le commerce, la finance, l’industrialisation avec des nuances correspondant aux tempéraments nationaux. Ce n’est pas sans raison que Henri IV confiera le ministère des finances à un protestant, Sully. Le roi était sincèrement catholique et ne jouait pas double jeu ; seulement de fait, les protestants ont dès le début, consacré leur curiosité et leur ingéniosité au développement matériel, au commerce et à l’agriculture.
C’est dans les faits, d’abord que naîtra la prédominance de l’économie et du commerce comme fin principale de la vie sociale. Il
faudra un siècle pour que cette manière de vivre soit formulée intellectuellement et que cette formulation soit acceptée sans résistance : les gens vivaient en pratique comme
cela.
prochainement ->suite: annexe "la mort de Luther"





