Mardi 2 septembre 2008
 

1-      Locke (1632 – 1704)

 

Venu une génération plus tard, il civilise les idées un peu sauvages de Hobbes. Ses ouvrages importants sont : lettres sur la tolérance et le Traité du gouvernement civil. Ils peuvent être considérés comme la bible du libéralisme politique. Avec lui, la « sociologie » libérale atteint sa formulation quasi-définitive. Rousseau et Montesquieu ne feront que réécrire avec élégance des idées qu’il formule pesamment. John Locke est le type du lourd bourgeois anglais qui a appelé au pouvoir le hollandais Guillaume d’Orange en 1688. il participera d’ailleurs longtemps au gouvernement, se distinguant par son intégrité dans une époque où on ne l’était guère.

Quelles sont les idées maîtresses de Locke ? On en trouve quelques-unes dans la Lettre sur la tolérance où il explique la politique de son maître Guillaume d’Orange : il faut tolérer toutes les religions sauf la religion catholique.

 

Voici pourquoi : la fin de l’état, dit-il, est de protéger les biens fondamentaux : la liberté, la vie, la propriété. La religion est donc hors de sa compétence, elle qui ne s’occupe que de mystique, prières, bienfaisance. Dieu seul peut juger quelle religion est vraie : que donc chacun s’occupe de se rendre meilleur soi-même, et n’aille pas embêter le prochain avec ses idées, du moment que le prochain respecte la liberté, la vie et les biens. Les sectes protestantes acceptent bien ce contrat car elles ne sont qu’une association de gens qui exercent en commun leurs convictions individuelles, et qui changent sans hésiter de secte quand ils changent d’interprétation de la Bible. Au demeurant, ils sont utiles et l’état doit les protéger car des gens qui ont une religion seront honnêtes et paisibles et ils respecteront leurs contrats : ce qui est très bon pour le commerce. Par contre, la religion catholique est un danger permanent : elle prétend avoir mandat de Dieu pour dire le bien et le mal, elle prétend dans son domaine propre échapper à l’autorité de l’état. Enfin elle prétend que l’état a d’autres devoirs que ceux d’assurer la prospérité du commerce.

 

Dans le Traité du gouvernement civil, paru plus tard, il systématise ses idées.

 

D’abord, l’homme ne peut pas être rendu meilleur par la vie sociale. L’homme est un être passionné, avide et égoïste qui reste toujours le même sous le vernis que peuvent donner passagèrement les coutumes d’une époque paisible. Quinze siècles de christianisme en Angleterre ont laissé l’homme aussi cruel et féroce qu’avant le Christ, comme on l’a bien vu sous Cromwell. Au fond, les hommes sont foncièrement égaux, jouets de leurs passions, sans qu’on puisse dire que l’un est plus vertueux ou plus capable que l’autre.

 

Faisons attention à ce point, il est important : tous les hommes sont égaux veut dire qu’un délinquant vaut autant qu’un honnête homme. L’un comme l’autre sont menés par leurs passions. Quand Rousseau dit que les hommes sont tous également bons par nature et quand Hobbes dit qu’ils sont tous également mauvais et féroces par nature, l’un et l’autre veulent dire la même chose : l’homme n’est pas réellement perfectionnable par la Loi. On ne doit pas faire de différence entre les « bons » et les « mauvais », du moment qu’il n’y a pas d’inconvénient pour l’ordre public. La vertu est une illusion. En termes chrétiens, on nie ici, soit le péché originel en disant que tous sont bons et n’ont pas besoin de Rédemption, soit la Rédemption en disant que tous sont mauvais. Le résultat pratique est le même. Mais il y a une conséquence qui suit toujours : Si l’utopie ne marche pas, ce n’est pas parce que le mal à corriger est au-dedans de l’homme, c’est parce qu’il y a des « salauds » à exterminer. Retenons cela : Rousseau le dira explicitement, Robespierre, Lénine, Mao, Pol-Pot le mettront en pratique.

 

Mais alors, remarque Locke, Aristote se trompait quand il disait que l’homme est un animal politique. Aristote enseignait que l’homme est incliné naturellement à vivre en société, parce que c’est par la cité, au contact avec les autres, perfectionné par les qualités des autres et par les lois bonnes, que l’homme peut atteindre sa perfection. Hobbes a, contre cela, un argument typique de bourgeois : le prochain n’est pas un ami, dans la société, c’est un prédateur rival. Vous fermez votre porte à clé parce que vous savez bien que s’il le peut, le prochain va vous voler votre bien. Donc la cité n’a pas pour fin naturelle de rendre les hommes meilleurs. Quand le prince fait des lois il est illusoire qu’il se donne pour fin de rendre les citoyens vertueux. Le prince doit avoir pour fin la préservation du bien, de chacun : la vie, la propriété, la liberté. Si les hommes vivent ensemble, ce n’est nullement parce qu’ils y sont inclinés par nature. Par nature, l’homme est indépendant. Locke comme Hobbes, étaye son utopie sur « l’état de nature », qu’il essaie d’imaginer de toutes pièces à partir de ses a priori : un être étrange, jouet de ses pulsions passionnelles, férocement indépendant et asocial. Ce sera le « bon sauvage » de Rousseau. Bon, parce que bridé par aucune contrainte sociale. Toutes ses pulsions s’exerçant librement, elles sont spontanément harmonieuses. Le bon sauvage n’est aliéné par rien. Il est vertueux parce que libre.

 

La liberté au sens d’absence de contrainte, est donc la valeur suprême. Comment se perd-elle ? Parce que les hommes renoncent à leur indépendance pour s’enrichir. L’homme, sans y être incliné par nature, au contraire décide de vivre avec d’autres pour s’enrichir et accepte, en contrepartie, de limiter son indépendance. C’est un contrat : la meilleure société sera donc celle qui assurera à chacun le maximum d’enrichissement avec le minimum de contraintes. Et puisque le but essentiel de la vie est de s’enrichir, il y a un minimum de garanties sans lesquelles le pouvoir sort ipso facto du contrat social, devient illégitime, devient « un monstre en politique » disait l’Abbé Grégoire. Lesquelles ? Les droits de l’homme : la vie, la liberté, la propriété. Avant même toute promulgation de constitution doivent être posées ces garanties fondamentales sans lesquelles le contrat social est impensable.

 

Pourquoi faut-il un pouvoir au fait, alors qu’il pose tant de problèmes à la liberté ? mais parce que sans un pouvoir qui fasse respecter les contrats, ce serait la jungle et la loi du plus fort. Le souvenir sanglant des années de guerres civiles est encore tout frais pour les contemporains de Locke ; ils ont senti dans leur chair ce que coûte l’anarchie. Donc il faut un prince. Mais qu’est-ce qui garantit que le prince, une fois au pouvoir, respectera le contrat, puisqu’il a la force. Car aux yeux d’un libéral, l’idée que le roi puisse aimer son peuple comme un père aime ses enfants et, que ce dévouement soit la meilleure garantie contre la tyrannie, cette idée est étrange et irréelle. Il est acquis que l’homme est un prédateur asocial. Et bien, on va diviser les pouvoirs : législatifs, exécutif, judiciaire. Chacun surveille les deux autres et si l’un a les griffes trop longues, aussitôt les deux autres s’unissent contre lui par instinct de conservation. C’est touchant de simplicité géométrique. C’est donc si simple, la sagesse ! Ce problème, Locke l’a vu se poser sous ses yeux lorsque le parlement décida d’importer un roi de Hollande. Pas de légitimité, pas d’amour, pas de devoirs mutuels. Un contrat. Le peuple (c’est à dire la minorité riche et influente qui s’identifiera plus tard sous le nom d’ « Establishment ») se choisit un roi. Et c’est sous les yeux de Locke que le système parlementaire moderne commença à se rôder. Désormais, la monarchie tempérée traditionnelle qui existait en Angleterre à peu près depuis Jean sans Terre, devient une démocratie idéologique.

 

Quelle garantie que le contrat social correspond bien à la volonté des individus libres et égaux ? le vote. Il permet d’adapter les lois à l »état actuel du compromis mutuellement avantageux et accepté globalement.

 

Tout y est. Même l’idée de progrès est en germe dans l’idée d’un gouvernement d’autant meilleur que la richesse augmente avec la liberté.

 

Et la science ? Locke a sous les yeux les débuts de l’industrialisation anglaise. Et il a une intuition remarquable qui résume un état d’esprit latent depuis la renaissance : la science qui produit des machines, la science qui rapporte est la « vraie » science. Parce qu’elle rapporte. Elle contribue au progrès. Et il résume son intuition ainsi : « Science is power ». La science, c’est le pouvoir de transformer le monde.

 

 

1-                                                     (prochainement) Adam Smith (1723 –1790)

  

Vendredi 29 août 2008
 

1-      Hobbes (1598 – 1679)

 

Les idées de Hobbes sont le produit de son tempérament, de son athéisme et de son milieu. Pour lui, l’homme est une bête fauve qu’on ne peut rendre meilleure. Le monde est mauvais, l’homme est mauvais. Il n’y a pas de Dieu, ni de bien et de mal en soi. Le Bien est ce qui est utile. Les hommes dans l’état de nature sont tous égaux et ont tous un droit égal à tout. Ils sont donc par nature dans un état de guerre perpétuel.                

Or, en politique, le pire des états sociaux est l’anarchie : le pouvoir doit donc être e=despotique et absolu (puisqu’il n’y a aucune morale) pour forcer les fauves à être en paix et à prospérer. Et la religion ? elle doit être soumise au despote qui la bridera pour assurer la paix sociale, comme l’ont fait avec succès Henry VIII et Elisabeth. Son ouvrage le plus célèbre est « Léviathan ».

 

C’était un homme très brillant intellectuellement. Il était d’un tempérament violent et entier qui lui faisait mépriser sans hésiter les travaux de ses prédécesseurs et d’une logique redoutable qui ne reculait devant aucune conséquence des principes une fois posés. Ses idées sont le reflet à la fois de ce tempéra&ment et des évènements qu’il voit sous ses yeux. (il est contemporain de Cromwell). Le sang le sang, à cette époque. Les sectes protestantes de doctrine communistes, appliquant le terrorisme, surgissent partout (í). Il embrasse passionnément le parti royaliste qu’il entreprend de défendre avec deux idées-forces : la propriété et le despotisme. D’autres affineront ensuite ses idées. Mais tout l’essentiel y est, sauf la démocratie obligatoire et la séparation des pouvoirs.

 

Retenons des idées essentielles : c’est lui qui invente l’hypothétique « état de nature ». tous les hommes, pour lui, sont égaux dans l’état de nature. Et comme ils sont foncièrement méchants, ils sont en état de guerre permanente dès qu’ils se rencontrent. La seule issue, pour lui, est le despotisme qui les force à vivre en paix sous des lois arbitraires. Il est athée : Dieu n’existe pas, la création est mauvaise, l’homme est mauvais. Il est un conglomérat de passions et ne peut être amendé. La vie sociale n’a pas pour fin de le rendre meilleur. La vertu n’est qu’une apparence imposée par l’ordre social despotique. La seule valeur morale est l’utilité : ce qui rapport. La loi peut être inventée comme on veut : il n’y a pas de commandements de Dieu à respecter, ni de vie éternelle à préparer dans cette vie. L’état « contient » les religions pour les forcer à vivre en paix sans permettre qu’aucune prétende à la vérité. Il y a un côté visionnaire chez Hobbes. Son « Léviathan » est exactement l’état administratif anonyme et impitoyable qui règne sur des individus déracinés et sans défense. Il l’appelle « l’homme artificiel », « le dieu mortel » et il lui applique les paroles bibliques : « il n’a pas son pareil sur la terre. Il a été créé sans peur. Il porte son regard intrépide sur tout ce qui est élevé : il est le souverain de tous les fils de l’orgueil ». Et parmi les plus graves dangers qui menacent l’état-Léviathan ? Hobbes compte le fait de croire que ce que l’on fait à l’encontre de sa conscience est nécessairement un péché.

 



í Voir Chafarevitch, op cit, p 55, Les sectes de la révolution anglaise de 1655.

Jeudi 28 août 2008
Sur le blogue des http://royalistes17.over-blog.com/ (...)à lire analyse de Christophe Paillard délégué de l'Alliance Royale pour les Charentes et le Poitou
Mardi 26 août 2008

 

I.    Les Théoriciens 

                          C’est en Angleterre, au sein même des soubresauts sanglants engendrés par le protestantisme, que se formule pour la première fois une conception de la vie sociale, telle qu’elle se stabilise lentement et douloureusement sous les yeux des anglais. Inévitablement, ils vont être amenés à proposer une conception de la nature humaine comme fondement à leur vision de la société. L’approche est empirique et frustre. Il appartiendra à Kant, un siècle plus tard, de proposer une métaphysique globale de l’univers et de proposer un modèle de fonctionnement psychologique de l’homme, cohérente avec la sociologie libérale.

                          

 

Trois noms sont à retenir dans cet effort de rationalisation : Hobbes (1588-1679),  Locke (1632-1704), Adam Smith (1723-1790) : une évolution cohérente de la pensée philosophique anglaise qui durera un siècle et demi, pénétrera toute la pensée politique du XIXè et trouvera son apogée apparente sous la reine Victoria. 

                             Avant d’aborder leurs écrits, il faut avoir dans l’esprit l’environnement historique dans lequel ils vivent. 

1-     Le Milieu Historique

                           A partir de Henri VIII, l’Angleterre connaît une période de stabilité politique sous le despotisme impitoyable de ce roi et d’Elisabeth 1ère. Pendant ce temps, les marchands de Londres prospèrent. Mais derrière cette façade règne une misère terrifiante. Deux millions ‘sur une population totale de six ou sept millions d’habitants) vivent dans une misère extrême depuis la destruction des milliers de monastères que comptait l’Angleterre de Henry VIII et l’expulsion par les nouveaux propriétaires protestants de ceux qui vivaient sur leurs terres. Les pauvres qui trouvaient secours dans les monastères sont désormais chassés. L’éducation gratuite des enfants pauvres disparaît. Henry VIII règle le problème de la misère comme il règle les problèmes religieux : la loi condamne les mendiants invalides à être mis dans les fers et fouettés, les valides à être attachés aux brancards d’une charrette et fouettés jusqu’au sang. En 1535 on renchérit sur ces peines : à la première récidive, les mendiants avaient l’oreille droite coupée, ils étaient condamnés à mort pour la seconde récidive.
                           Sous Edouard VI , le parlement arrêta que tout pauvre qui resterait oisif pendant trois jours serait marqué au fer rouge et resterait pendant deux ans esclave de celui qui l’aurait dénoncé. En 1572, des lois plus dures encore furent promulguées
(
í). L’Angleterre traînera la lèpre de l’esclavage jusqu’au XVIIIè siècle et celle du paupérisme de masse jusqu’à la fin du XIXè. La stabilité politique n’était obtenue que par une répression religieuse impitoyable. Quiconque n’avait pas la « ligne » du roi ou de la reine (laquelle changeait d’un règne à l’autre) était arrêté, torturé, souvent brûlé vif. Les catholiques furent le plus férocement poursuivis mais les calvinistes (appelés puritains) aussi. Sous Elisabeth, ils étaient brûlés vifs ou massés sur des navires pour être déportés en Amérique mais très souvent, les bateaux étaient souvent coulés en haute mer. Tout le monde connaît l’épisode des déportés puritains du « Mayflower » que le capitaine avait ordre de noyer en haute mer et qu’il conduisit par humanité sur la côte est des Etats Unis où ils fondèrent la Nouvelle Angleterre dans la région de Boston. Or, Elisabeth était simultanément et sans problèmes de conscience, chef de l’Eglise anglicane en Angleterre et en tant que reine d’Ecosse, chef de l’Eglise presbytérienne qu’elle imposait comme reine d’Ecosse. Les philosophes que nous allons étudier diront tout haut, en faisant un peu scandale, ce que tout le monde vivait en pratique sans état d’âme : il n’y a pas de vérité certaine dans la religion, elle est tout au plus utile pour la paix sociale.

                   Cette apparence d’ordre ne pouvait durer. La faiblesse des souverains suivants, le mécontentement des marchands londoniens, des velléités de retour au catholicisme, firent exploser dans la société les conflits religieux bâillonnés par le despotisme. Tout un éventail de révolutionnaires religieux se déploie depuis les mystiques anarchiques humanitaires jusqu’aux communistes sanguinaires. Le même éventail que plus tard, de Lafayette à Gracchus et Babeuf, de Tolstoï à Trotsky ;

Un nom résume cette époque : Cromwell (1599-1658), le dictateur qui fédère les mécontents et les unit « contre », puis une fois au pouvoir, commence à épurer ses anciens amis. Le pays ne trouvera son assiette qu’après 1815 après être passé de la férocité sanguinaire à la corruption la plus abjecte. Franklin se plaignait, au moment de la guerre d’indépendance d’Amérique, qu’on ne l’eût pas laissé faire car, disait’il touts les députés et tous les ministres étaient à vendre à Londres (í).

Deux anecdotes résumeront la férocité des mœurs : lorsque Cromwell rentrera victorieux de sa campagne contre les Irlandais, il offrit à chaque membre du parlement, pour fêter la victoire un cheval et deux esclaves. C’était tout naturel ! dans sa guerre contre les Irlandais, Cromwell extermina délibérément 1/3 de la population et il voulait un génocide complet qu’il dut interrompre à cause de la révolte écossaise.

                      Un siècle plus tard, en 1746, les protestants vainquirent à Culloden le dernier descendant de Jacques II qui tentait de recouvrer son trône usurpé. Après la défaite fut menée pendant des années, dans les « Highlands » d’Ecosse une guerre d’anéantissement : massacre systématique des femmes et des enfants, destruction des maisons, anéantissement du bétail. Et si aujourd’hui les hautes terres d’Ecosse sont désertiques, ce n’est pas dû à des causes géographiques et climatiques. Il s’agit d’un génocide délibéré et réussi perpétré en haine du catholicisme.

                      Voilà le monde dans lequel vivait – confortablement et du côté des riches –, les auteurs que nous allons étudier. Leur pensée s’est formée au contact de ce qu’ils voyaient.

 
                                note en apparté de la rédaction :
                                la lecture de ce qui précède pourrait nous faire penser que la Royauté n'est pas le meilleur système de gouvernement;         à cela nous répondons que la Royauté peut en effet devenir tyranique quand elle n'est pas contrôlée par une instance qui lui est supérieure; nous constatons à la lecture de ce qui précède que le peuple n'est pas un contre poids à la tyrannie car il n'y a pas la légitimité .contrairement à ce que l'on peut penser.        
                                Les droits de l'homme" qui seront mis plus tard en place sont régulièrment bafoués par tout pouvoir tyranique et par la masse elle-même prise dans son vote global car il est facile de manipuler la masse alors qu'il est difficile de manipuler des hommes éclairés par la loi naturelle.  En revanche si le Roi est tenu d'obéir à une loi supérieure à la sienne telle "les dix commandements" et qu'il n'est pas un chef religieux, alors la tyrannie est éradiquée car elle ne peut plus s'appuyer sur aucune légitimité meme celle de la force, le tyran peut être destitué car il devient légitime pour le peuple de le faire et son armée n'est plus tenue non plus à l'obéissance.

                                Nous pouvons aussi observer que l'Angleterre est actuellement une théocratie puisque la Reine en est le chef religieux ce que le Roi de France n'a jamais été. Un jour elle sera sans doute confrontée à ce paradoxe qu'il faudra bien qu'elle résolve.
                                 Dieu merci, en France, cela a été résolu depuis Clovis et Henri IV a renouvelé ainsi que sa descendance sa soumission. Le Sacre du Roi en France est un acte de soumission à Dieu et un acte lige vis à vis du peuple dans les devoirs à accomplir. Le sacre du Roi d'Angleterre est différent.

Prochainement

                   Les Théoriciens:  2 - Hobbes (1598 – 1679)


(í)Source Hyndmann. The historical basis of socialism in England

(í) Voir Bernard Fay. La Franc-maçonnerie et la révolution intellectuelle au XVIIIè siècle, 1961 ; éd. La Librairie Française p 64 .

Lundi 25 août 2008
Dieu Tout-Puissant et éternel,
Qui avez établi l'empire des Francs pour être dans le monde L'instrument de vos divines volontés,
Le glaive et le bouclier de votre sainte Eglise,
Nous vous en prions, prévenez toujours et partout de votre céleste lumière,
Les fils suppliants des Francs,
Afin qu'ils voient ce qu'il faut faire pour réaliser votre règne en ce monde,
Et que pour accomplir ce qu'ils ont vu,
Ils soient remplis de charité, de force et de persévérance,
Par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Amen"

Sl Saint Louis a frappé ses contemporains par son sens de la justice, sa profonde piété et sa grande charité envers les pauvres ; sa vertu le faisait regarder comme l'arbitre des princes d'Europe. Saint Louis fut baptisé à Poissy, et en conserva toujours religieusement le souvenir, car plus tard il signait ordinairement Louis de Poissy, marquant par là qu'il estimait la grâce du baptême comme son plus glorieux titre de noblesse. Le jeune Louis montra dès son enfance les grandes vertus qu'il devait faire éclater sur le trône, l'égalité d'âme, l'amour de la justice et une tendre piété. Comme on lui reprochait quelques fois de donner trop de temps aux pieux exercices, il disait :

"Les hommes sont étranges, on me fait un crime de .. lire la suite sur: Le Salon Belge

Lundi 25 août 2008

En ces temps de catastrophisme climatique, la canicule n'aura pas régné sur la France cet été. Ni sur le pôle Nord : on apprend que, contrairement aux (dés)informations maintes fois ressassées, la calotte glaciaire de l’Arctique a augmenté de 30% en un an. Les relevés cartographiques montrent que la glace a augmenté dans pratiquement toutes les directions, avec une forte poussée dans le nord de la Sibérie. Quelques îles de l'archipel canadien sont entourées par plus de glace qu'elles ne l'étaient durant l'été de 1980. En ce qui concerne le pôle Sud, la calotte glaciaire s'est étendue dans le même temps de près d'un million de kilomètres carrés.

La "fonte inéluctable" n'est pas pour tout de suite.

MJ...........information prise sur LE SALON BELGE


Pour revenir sur l'information que je donnais dans ma profession de foi aux élections cantonales de mars dernier, voici la confirmation donc de celle-ci par rapport aux dernières données sur "le réchauffement climatique".
et je repose la question: "à qui profite la psychose collective d'un réchauffement climatique"? à qui profitera la psychose inverse d'un refroidissement climatique? toute psychose collective créée, entretenue par les médias a toujours comme suite une augmentation des pouvoirs de dictature, souterains ou apparents; c'est pourquoi, un conseil à suivre est celui tout simplement de garder toujours la tête froide et d'être simplement prudent par rapport son comportement ponctuel dans son environnement personnel.

Faire des économies d'énergie relève simplement du bon sens habituel en ne gaspillant pas les richesses que le Seigneur met à notre disposition; en revanche jouer sur le catastrophisme en provoquant des comportements aberrants et en obligeant les populations à s'endetter outre mesure pour de minces économies d'énergie par éoliennes dans des campagnes peu ventées, ou des proliférations de panneaux solaires dans des régions  des régions au dessus du 4è parallèle à l'ensoleillement restreint, est une idiotie pure et particulièrement non -rentable par rapport au coût de fabrication et à la dépense d'énergie produite pour leur fabrication et aussi à la gestion future des déchets. 

Donc sachons raison garder!
Vendredi 22 août 2008

à  L' ALLIANCE ROYALE , nos différents cadres se complétant harmonieusement, nous incitons nos lecteurs à aller visiter les blogues et sites des différentes délégations; nous remercions particulièrement  Les Royalistes des Yvelines  et Christophe Paillard  sur Les Royalistes du Poitou , pour sa veille fructueuse du mois d'aloût et ses différentes analyses qui rejoignent celles que nous avons pu avoir malgré les différentes pérégrinations estivales des membres de la rédaction.

le site national également bien qu'en veilleuse discrète n'a pas arrêté pour autant et les cadres se préparent à la 4ème Université d'Eté à laquelle nous convions tous ceux qui sont de bonne volonté à se rendre en vue des prochaines élections européennes de 2009.

Celle-ci se tiendra le

SAMEDI 30 AOUT
(acceuil à partir de 9H00)
et le
DIMANCHE 31 AOUT
à
PARIS

dans un hôtel particulier du 7e arrondissement

7 RUE DE POITIERS
(métro Orsay)

Vendredi 22 août 2008
 

1-      Seconde étape : Grotius (1583 – 1645)

 

Grotius est un illustre jurisconsulte considéré aujourd’hui comme l’un des fondateurs du droit moderne et du droit international. Il est surtout connu pour son traité « de Jure belli ac pacis », du droit de la guerre et de la paix qui généralise son traité de la liberté des mers (Mare liberum), publié 20 ans auparavant (1604).


               Ce sont les circonstances qui placent Grotius en face d’un problème et ce sont les circonstances qui l’amènent à une solution empirique, laquelle finira par influencer toute la pensée juridique moderne, confrontée à des problèmes semblables.

 

Ce n’est pas sans raison que cette première « mise en forme » intellectuelle d’une société « structurée » par la mentalité protestante émerge en Hollande. La Hollande sera le premier pays à se stabiliser après les guerres de religion en moins d’un siècle. Depuis longtemps cette petite nation vivait du commerce et de l’artisanat et la mentalité des bourgeois hollandais les prédisposaient à se satisfaire d’une société où la valeur fondamentale acceptée par tous est l’enrichissement. L’Angleterre, elle, ne trouvera son « assiette » qu’au début du XIXè siècle et l’Allemagne à la fin du même siècle.

 

Grotius est la forme latinisée de son vrai nom : Hugo de Groot. C’est un homme sympathique. Très cultivé, il finira tout proche du catholicisme sans néanmoins se convertir.

 

Quel est le problème qui frappe Grotius ? celui qui préoccupe tous les bourgeois importants d’Anvers : la piraterie et la guerre de course font baisser les profits. Il faudrait trouver un code international de bonne conduite acceptée par tous. Mais comment faire puisqu’aucune autorité n’est reconnue au-dessus des états depuis que les protestants rejettent le Pape ?

 

Avant les guerres de religion, l’autorité morale du Pape permettait de répartir les zones de prépondérance commerciales entre Portugais, Espagnols, Anglais, Républiques italiennes. Depuis la réforme, les marchands hollandais ne respectaient plus ces zones et ne se privaient pas de pratiquer la piraterie à l’occasion contre les vaisseaux portugais qui, à leur tour arraisonnaient les Hollandais quand ils le pouvaient. Et, cela coûtait cher. Et les profits baissaient. Le commerce devenait impossible sans un droit accepté par tous. Mais sur quoi fonder ce droit puisqu’il n’y avait plus accord sur l’autorité chargée de dire le droit par mission divine. L’ouvrage de Grotius souleva aussitôt un immense intérêt. Car, il imaginait une solution dans son traité intitulé « Mare Liberum », solution qu’il généralisa plus tard à toutes les relations internationales (« de pace et belle »). Voici l’essentiel de son idée :

 

Il n’y a pas d’accord sur les commandements de Dieu ni sur le Pape, certes, mais il y a au moins accord sur le fait que tous veulent en commun s’enrichir par le commerce. N’y-a-t’il pas sur cette plat2 forme, moyen d’établir des conventions entre égaux, contrat provisoire fondé sur le profit, équilibre toujours susceptible d’être remis en question si le rapport des forces ou des profits vient à changer.

 

Jugez de la rupture :

 

Depuis le droit grec, romain et le droit de l’Europe chrétienne, la loi est fondée sur l’autorité du Créateur. Le Prince reçoit son peuple à gouverner mais il ne l’a pas créé. Il ne peut porter arbitrairement des lois selon son caprice mais il est lié moralement dans son pouvoir par ce qu’il sait de la volonté du Créateur sur les hommes (pour les Grecs, c’étaient les « lois non écrites ») et pour le prince chrétien par l’enseignement de l’Eglise. La loi a pour fondement l’autorité de Dieu et pour finalité la perfection des citoyens (cette perfection incluant la suffisance des biens matériels).

 

Les conséquences métaphysiques du nouveau fondement du droit seront perçues beaucoup plus tard : s’il en est ainsi, les hommes ensemble « créent » les règles de leur vie commune, entre hommes et sans Dieu. Et la religion, au lieu d’être le fondement du droit devient une des activités humaines réglées par le droit. La religion sera soumise à ce que les hommes décideront entre hommes, en vue de l’enrichissement commun. C’est cela qui sera mis en application aux Etats Unis : créer de toutes pièces une nouvelle manière de vivre en société. Et la séduction sera immense pour les intellectuels du XVIIIè siècle : c’est donc possible ! l’Homme peut se recréer lui-même par la politique s’il le veut ! On ne comprend rien à l’entreprise prométhéenne de la révolution française comme des révolutions communistes tant qu’on n’a pas senti la séduction de ce rêve de recréer l’homme (í)

 

Il faut noter que la convention contractuelle entre égaux, obligeant mutuellement, a toujours existé. Ce qui constitue la nouveauté, c’est la réduction de toute autorité législative à ce type de convention. Par la force des choses, les pays protestants se trouveront contraints de fonder leur philosophie du droit sur l’argumentaire de Grotius, du fait de l’absence d’autorité religieuse reconnue par tous et aussi, du fait que tous considèrent comme essentiel l’enrichissement sur cette terre. Grotius n’est pas un idéologue construisant un monde nouveau. Son intention était certainement de proposer une solution empirique aux problèmes pratiques posés par le protestantisme mais le problème étant général, la solution se généralisera.


 Prochainement

                   Les Théoriciens: 1-Le milieu Historique

 

                                                 


(í) Simone Weil disait, au moment de la loi sur l’avortement : « en changeant la loi, on peut changer les comportements, changer l’homme. C’est ce qui me fascine ».

Lundi 18 août 2008

ANNEXE

 

LA MORT DE LUTHER

 

Article de Philippe Marcille paru dans Marchons droit n°57

 

Luther ! le nom d’une rupture jamais ressoudée dans l’histoire de la chrétienté, une personnalité exceptionnelle. Des talents rares. Une puissance d’impulsion sociale étonnante. Le tout au service d’une révolte : elle le ravage au-dedans, il la répand au dehors. Il en mourra. La moitié de l’Europe en restera baignée de sang, prostrée, stérile pour deux siècles.

 

1483 Naissance de Luther. Depuis plus d’un siècle les historiens qui ont étudié les documents sans passion avaient conclu que l’utopie intellectuelle seule ne permettait pas d’expliquer Luther et que ses propos recelaient d’un état pathologique. Des travaux récents ne laissent plus de doute.

 

Les premières années de l’homme ont vu naître la névrose d’angoisse qui, devenue paroxystique, sera le moteur de Luther.

 

Dans ses écrits, surtout dans les propos de table pieusement recueillis par ses disciples, les excréments, l’urine, tout cela revient avec une truculence, une délectation, une fréquence qui effaraient déjà ses contemporains même bienveillants.

 

« cet homme dégorge la m… à pleine bouche » écrira son contemporain l’humaniste Thomas More. Luther en écrira des poésies comme cette « chiasse de Luther contre le poète m…eux Lemmich » où à chaque vers revient (en latin) le mot en cinq lettres.

 

Avec la même fréquence, une haine grondante du Pape. Cela aussi revient sans cesse. Sans arguments : comme un soulagement dans l’invective. Ce n’est pas l’indignation d’un homme de bien pour l’impiété. Auparavant en 1510, ses supérieurs l’avaient envoyé à Rome et il avait été émerveillé de la piété, de la charité, de l’humanité, de la justice Pontificale et il compare tout cela à l’état lamentable de l’Allemagne.

 

Non : Luther hait le Pape pour des raisons d’ordre pathologique.

 

Ces confidences, faites à table dans l’ivresse, ne manquent pas. Tout petit, cela a sans doute commencé par ce jeu qu’ont certains enfants à forte personnalité, d’affronter leurs parents. Les parents sont frustes et brutaux. La révolte de Luther contre les coups s’exprime en faisant dans sa culotte. Il en était « battue jusqu’au sang ». il finit par plier, non par docilité mais par peur. Une peur aussi violente qu’est puissante sa vitalité. Cette peur de son père se projettera sur Dieu. Sous la peur, liée mais bien vivante, une haine grondante. Le jour où l’équilibre instable se rompra, cette haine se fixera sur le Pape.

 

Sa vocation ? un jour la foudre tombe près de lui. Dieu va le frapper comme son père. Il fuit le couvent dans un réflexe de terreur. Cette terreur s’apaise mais la tension peur-haine développe chez lui une névrose d’angoisse qui ne le quitte pas. Dans la chapelle du couvent, o, lit un jour l’Evangile du possédé ; il se roule soudain par terre en criant : « ce n’est pas moi, ce n’est pas moi ».

 

La vie religieuse semble l’équilibrer si on en juge par les portraits de l’époque (1505) mais le virus s’est mis dans son intelligence. Pendant sa théologie, il fait la « relecture » à la lumière de sa névrose d’angoisse, de Saint Augustin. Ses confidences sont révélatrices. Il a eu la révélation de son système …dans les WC du couvent. « Voilà ce qu’est l’homme, se dit-il. Et Dieu l’aime à cause de la justice du Christ ». Voilà l’origine de la foi sans les œuvres de Luther. Aucune œuvre ne peut changer cette corruption foncière. Il appellera son système « le cacangile » (en grec : mauvaise nouvelle, c’est que l’homme est de la m…

 

Avec cela, une vitalité prodigieuse, une mémoire, une intelligence, un talent oratoire qui retiennent l’attention de ses supérieurs. Cinq ans après son entrée, le voilà prêtre (il s’évanouira de frayeur lors de sa première messe) et professeur à l’université de Wittenberg. Mais sournoisement, son système désespéré se met en place. Il se rend compte de l’hérésie mais il s’y accroche comme à un talisman contre l’angoisse.

 

 

En 1517, les Augustins, jaloux des Dominicains qui ont obtenu le monopole de la prédication des indulgences du jubilé, chargent leur brillant orateur de casser les reins au dominicain Tetzel. Ils ne soupçonnent pas l’ouragan qu’ils vont libérer. Le purgatoire, pour Luther, c’est le dogme des mérites et de l’expiation, le retour de sa terreur et de ses angoisses, le fantôme qu’il faut tuer.

 

Luther est l’un de ces cas rares où la névrose ne dévore pas l’énergie et la vitalité. Bien plus, elle lui donne une puissance d’incantation, une exaltation, une passion communicative, une audace, une énergie rugissante qui subjuguent les foules.

 

Ses adversaires lui opposent les conséquences de sa théorie nouvelle. Trop tard maintenant. Luther est ivre de ce sentiment de libération qu’il éprouve à crier ce qu’il comprimait en lui et les reproches réveillent la vieille haine qui se fixe sur le Pape et ses suppôts. Il rejettera de proche en proche et sans hésiter : purgatoire, confession, bonnes œuvres, présence réelle, visibilité de l’Eglise.

 

Sa ruse aussi est développée. Il louvoie, appelle d’une autorité à l’autre, se contredit, flaire le vent avec une espèce de génie. Au début la peur le prend devant les risques et l’enjeu et il accueille volontairement une influence intérieure qui décuple sa frénésie et son audace. Il en parle souvent et se vante d’avoir couché plus souvent avec le diable qu’avec sa femme.

 

Dans l’Allemagne tout ce qui aspire à bouger accroche son wagon à la locomotive Luther : les humanistes qui veulent refaire le monde, les princes devenues bêtes de proie, les paysans las de l’oppression, les gens pieux las des scandales donnés par les mauvais évêques. On déplore ses excès mais on a trop besoin de lui. Et Luther s’adapte. Il parle de Virgile avec le beau monde, de répression et de confiscation aux princes, de fesses avec le peuple, de piété avec tout le monde.

 

En 1525, les paysans se révoltent, ébranlés par la prédication de Luther qui les soutient au début. Puis il flaire le rapport réel des forces et crie avec les loups : « allons, mes princes, frappez ! aux armes ! percz ! les temps sont venus, temps bénis où avec du sang, un prince peut gagner plus facilement le ciel que nous, avec nos prières » ; « moi Martin Luther, j’ai ordonné moi-même leurs supplices, qu’on les empale, qu’on les égorge, qu’on les assomme ».

 

Il sera écouté : un massacre. 100 000 victimes d’après un historien protestant. Le début d’un cauchemar qui enchaînera l’Allemagne pour deux siècles.

 

La justice devient d’une cruauté épouvantable par ses tortures et les supplices appliqués. Dans le seul village Anspack, de 1575 à 1603 : 1441 hommes furent torturés, 309 subirent le carcan et le fouet, 474 furent décapités, ou pendus, ou brûlés vifs, ou roués. Jusqu’au XVIIIè siècle, l’Allemagne luthérienne connaîtra des crises de chasses aux sorciers et sorcières qui couvriront le pays de bûchers. Un juge se vantera d’avoir à lui seul fait avouer et brûler 1000 sorciers et sorcières.

 

Les guerres prennent un caractère de férocité inouïe. La guerre de trente ans anéantira les 2/3 de la population dans certaines régions.

 

Les princes sont des tyrans. Au XVIIIè, ils vendront des villages entiers comme du bétail aux anglais.

 

Plus d’universitaires. La peine de mort à qui lit des livres catholiques. L’illustre astronome Kepler, quoique protestant devra fuir l’Allemagne luthérienne parce qu’il pense que la terre tourne autour du soleil. Il trouvera refuge auprès de l’empereur d’Autriche catholique qui le pensionnera.

 

 

Désormais, pour Luther, c’est la fuite en avant dans l’ivresse et la débauche. Les portraits successifs de l’Hérétique témoignent de cette déchéance progressive. A Wittenberg, les religieuses écoutent le maître, sortent, prêchent et finissent dans l’inconduite. Luther en épousera une, Catherine Bora mais il eut au moins un enfant d’une autre. Ses sermons décrivent ses propres mœurs : « Mon Dieu, donnez-nous beaucoup de femmes et peu d’enfants (…) si laide que soit la femme, celui qui n’a pas d’eau pour éteindre le feu prend du fumier ».

 

On ne s’étonne plus que, lorsque le prince de Hesse le consulte pour faire excuser sa bigamie, le vieux débauché ne se fait pas prier et lui trouve de bonnes raisons théologiques.

 

La fuite en avant n’apporte pas la paix à Luther. Son exaltation, parfois, laisse place à une effrayante lucidité.

Un soir Luther étant dans le jardin avec « Kaliche » (Catherine Bora), des témoins ont rapporté leur dialogue :

« - Regarde, que c’est beau le ciel, comme les étoiles brillent, murmure Catherine.

-    Oui, mais elles ne brillent pas pour nous.

-    Et pourquoi ?

-    (un silence) Nous avons quitté notre couvent.

-    Mais alors, il faut retourner à nos vœux ?

-    Il est trop tard. Le chariot est trop embourbé ».

 

Les cinq dernières années de Luther sont sinistres. Sa célébrité qui l’enivrait, est sur le déclin. Partout ont surgi des petits Luther qui se sont fait une clientèle.

 

Dans les disputes publiques où il avait toujours le dessus sur les catholiques par la verdeur de son langage et sa violence, on lui retourne ses propres arguments et il reste coi. Catherine Bora est devenue aigre et tyrannique. Elle n’a plus d’illusion sur le prophète qui l’a éblouie.

 

Il est amer, il invective, menace, se plaint…et boit. Dans ses lettres de cette époque revient un leitmotiv, sous diverses formes, l’aveu : « Je suis saoûl du matin au soir ».

 

1546. Luther est invité par les princes de Mansfeld comme médiateur dans une querelle. On le traite magnifiquement. On se presse à ses sermons. Les festins se succèdent. Au cours d’une beuverie, il se lève et écrit sur le mur une invective contre le Pape, parmi les rires et les plaisanteries et, soudain la vieille angoisse le submerge, les convives le voient retourner à sa place, sinistre, n’ouvrant plus la bouche. L’ivresse même ne lui rend pas sa faconde ordinaire. Ses valets ont révélé plus tard que cette nuit du 18 février 1546, ils avaient porté le maître ivre mort sur son lit. Revenus le lendemain pour l’habiller, ils le trouvèrent pendu aux colonnes de son lit et étranglé. Le diable avec qui il se vantait de coucher plus souvent qu’avec sa femme lui avait communiqué, avec sa haine, son désespoir.

 

 

Bibliographie :

Rohbacher, histoire de l’Eglise p10

Audin, Histoire de Luther

Dalbiez, l’Angoisse de Luther (Ed Tequi 1974)

               « Bonum Certanem n°63 1981

Ivan Gobry Luther

Henri Sacchi Guerre de Trente ans (Ed. l’Harmattan)

 

 

Prochainement

Grotius (1583-1645)

 

 

 

Samedi 16 août 2008

DEUXIEME PARTIE

 Histoire des idées libérales
ou
Comment l’infrastructure engendre la superstructure

 Le libéralisme commence dans la Religion par le protestantisme, s’incarne dans la vie sociale, prend vie dans le monde des idées et atteint son couronnement en s’annexant la religion catholique. 
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Dans l’histoire des idées,les influences réciproques qui ont convergé vers le libéralisme sont multiples et complexes. L’exposé qui va suivre est donc une simplification presque caricaturale mais il donne bien l’essentiel du phénomène. Pour ne pas rester dans l’abstrait, nous donnerons des noms à ces étapes ; car la dogmatique libérale s’est mise en forme peu à peu dans des intelligences influencées par le monde qui les entourait. 

           
Les étapes s’appellent : Luther, Grotius, Hobbes, Adam Smith, Rousseau ; puis Freud et Marcuse. Une étude fouillée demanderait qu’on mentionne l’influence de la littérature utopique de la Renaissance, de l’évolution de la conception du droit et de la société chez les philosophes et les légistes de la fin du Moyen Age, le courant romantique aux XVIIIè – XIXè siècles, etc… mais il est possible de donner une idée substantiellement exacte de la gestation du libéralisme en se limitant aux auteurs qui suivent.

                                                                                                                                                                         I.      Les Précurseurs


1-      Luther (1483 – 1546)

             

Il faut commencer par Luther parce que la religion est toujours clé de voute de la vie sociale. Toutes les sociétés organisées sont nées autour du temple. C’est que la loi ne peut être acceptée pour règle commune que si elle est reconnue par tous implicitement, comme l’expression humaine de la volonté des dieux. Hors de là, c’est l’arbitraire de la force qui peut être subi mais non accepté cordialement.


                           Les types d’organisation sociale sont toujours une conséquence de la religion locale. Bien entendu, ces sociétés ne sont pas égales, le type humain qu’elles engendrent dans leur maturité, leur capacité à engendrer un certain bonheur de vivre sont d’autant moins parfaits que leur religion est plus difforme par rapport à la religion catholique. Dans la chrétienté, le protestantisme va s’incruster dans des nations entières et engendrer après un temps de latence, un type particulier de relations humaines, de lois, de poésie, de science.

                           Des circonstances historiques vont donner une dynamique innatendue à la névrose de Luther (lire la semaine prochaine l'annexe sur la mort de Luther) Il n’entre pas dans le cadre de ce travail de s’y arrêter. Quel est l’essentiel de la prédication du moine débauché ? La foi sans les œuvres. On est sauvé parce qu’on croit en Christ et uniquement par cela : la foi-confiance. L’homme, pour Luther est radicalement mauvais, toutes ses œuvres sont mauvaises et la grâce couvre tout cela pour les élus. Qui est élu ? celui qui croit en Christ. Comment sait-on qu’on est vraiment élu, par le témoignage interne du croyant qui sent sa confiance en Christ, indépendamment de ses oeuvres.

                           Celui qui croit en Christ est sauvé quoi qu’il fasse, celui qui ne croit pas en Christ est damné quoiqu’il fasse. Telle est la doctrine, il faudrait dire la « fixation névrotique » de Luther. Il raconte lui-même que lorsque le démon venait le tourmenter en lui représentant ses péchés et en essayant de lui faire erdre confiance d’être sauvé, il le défiait disait-il, en commettant un bon gros péché bien gras et gluant pour lui prouver que rien n’ébranlait sa foi-confiance. Bien entendu, c’était sa raison et non le démon qui le tourmentait et lui rendait témoignage de sa propre déchéance. Même à la fin de sa vie, Luther gardait encore la notion du bien et du mal et se lamentait que les protestants étaient tous des débauchés. Nous verrons plus bas que la doctrine et le comportement de Luther ont d’abord un fondement pathologique qu’il est assez facile de cerner dans ses « propos de table », ces confidences qu’il faisait à moitié ivre à ses familiers.

                            Calvin apportera un correctif à cette doctrine : « la foi seule sauve mais la foi qui sauve n’est pas seule », c’est à dire que le comportement exemplaire est le témoignage visible de la prédestination au ciel. Mais il reste que les œuvres n’ont aucune influence sur le salut. Cette théorie contradictoire, forgée par nécessité parce qu’il devenait clair aux yeux de tous que la théorie luthérienne allait contre la Sainte Ecriture, engendrera le « style » puritain qui marquera profondément la psychologie genevoise, anglaise et américaine. Sévérité sinistre au-dehors, désordres moraux en coulisse. La contradiction logique s’incarne dans des comportements qui heurtent le bon sens des vieux peuples catholiques : tels que la prohibition aux Etats Unis, angélisme moral qui cohabitait avec le divorce par consentement mutuel.

                             La mentalité protestante évoluera avec les siècles mais il restera toujours cette notion que nosoeuvres sur la terre n’ont rien à voir avec le salut éternel.

                             Conséquence : que faire sur cette terre si on ne fait pas son salut ? le mieux est de s’aménager la vie la plus confortable possible. Les nations protestantes orienteront toute leur énergie vers le commerce, la finance, l’industrialisation avec des nuances correspondant aux tempéraments nationaux. Ce n’est pas sans raison que Henri IV confiera le ministère des finances à un protestant, Sully. Le roi était sincèrement catholique et ne jouait pas double jeu ; seulement de fait, les protestants ont dès le début, consacré leur curiosité et leur ingéniosité au développement matériel, au commerce et à l’agriculture.

                             C’est dans les faits, d’abord que naîtra la prédominance de l’économie et du commerce comme fin principale de la vie sociale. Il faudra un siècle pour que cette manière de vivre soit formulée intellectuellement et que cette formulation soit acceptée sans résistance : les gens vivaient en pratique comme cela.


prochainement ->suite: annexe "la mort de Luther"
Jeudi 14 août 2008

PREMIERE PARTIE

La Machine à faire des malheureux

  Le libéralisme est une dogmatique honteuse. Les postulats de base ne sont presque jamais formulés ouvertement et explicitement. Ils sont simplement monnayés au coup par coup dans des circonstances concrètes où leur affirmation ponctuelle semble justifiable. La nécessité d’un gouvernement mondial pour assurer la totale désaliénation de l’individu par rapport à tout lien, familial, professionnel, national, ne convaincrait personne. Mais l’utilité d’éviter la guerre ou d’assurer la solidarité avec le tiers monde peut être un prétexte porteur pour « faire un bout de chemin » en avant vers le progrès. Eh bien, explorons donc les principes fondamentaux inclus implicitement dans la « praxis » libérale.

 
Exploration de l’Utopie Libérale

Le principe de base est que l’homme est Dieu. « L’homme est un tout parfait et solitaire » avait défini Rousseau. Chaque individu est parfait en lui-même. Il crée le Bien et le mal par le libre examen, le vrai et le faux par la libre pensée. « c’est bien pour moi »dira-t-il ; « c’est ma vérité à moi ». c’est Kant (nous le verrons plus loin) qui a le mieux formulé la métaphysique libérale et ses conséquences. Ce qui rend un acte bon, ce n’est pas la bonté de la chose à faire, c’est le devoir, issu de la conscience personnelle. Ce qui donne leur réalité aux perceptions de nos sens, ce n’est pas que le chose perçue existe réellement, ce sont nos structures à priori.

  Conséquence : nous sommes tous égaux ! il n’y a d’homme plus vertueux qu’un autre. Chacun a « sa » vérité, ses convictions, « sa » morale… L’homme n’est pas perfectible. Il est déjà parfait car il est libre : l’acte parfait est l’acte parfaitement libre. Le « bon sauvage » de Rousseau est « bon » parce qu’il n’est lié à rien.

  Cela vous paraît délirant ? mis le monde universitaire et politique y croit ! cela est vécu en pratique dans nos sociétés. Par exemple l’évolution progressive de l’Education Nationale dans le sens de l’imagination, de la créativité, des techniques d’éveil pédagogiques est un programme volontaire de libération( ) . Pour un libéral, celui qui a humblement scruté l’histoire des hommes en cherchant à comprendre ce qui s’est vraiment passé, comment les contemporains l’ont perçu, quelles en ont été les conséquences afin que les hommes soient plus sages et moins malheureux, cet homme-là sera à égalité avec l’idéologue qui a inventé de toute pièce dans sa tête à lui son utopie généreuse.

  Mais en pratique, l’homme ne vit pas tout seul dans l’absolue indépendance du bon sauvage. Il s’est aliéné pour vivre en société. «L’homme naît bon, c’est la société qui le corrompt » selon la formule célèbre de Rousseau. La société le corrompt parce qu’elle restreint sa liberté. Les autres le limitent. « L’enfer, c’est les autres » pour reprendre le mot fameux de Sartre.

  Pour le libéral, l’homme ne vit pas en société pour devenir meilleur, pour acquérir la vertu, pour s’instruire ; l’homme abstrait qu’il a dans sa tête n’a aucune inclination naturelle, aucune joie innée à vivre en société ; il ne s’assemble que poussé par la convoitise. Chacun convoite le profit qu’il pourra tirer de l’autre. La société est un contrat mutuellement profitable et sa seule fin est le profit. Toute contrainte sociale qui n’est pas strictement nécessaire pour le commerce et le développement économique est criminelle, quasiment sacrilège car la liberté du petit dieu est sacrée.