Vendredi 12 septembre 2008

En août 2008, après les combats qui l’ont opposée à la Géorgie, la Russie a reconnu l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie comme Etats indépendants. Le 1er septembre, l’Union Européenne a contesté cette reconnaissance. Le 8 septembre, M.Sarkozy s’est rendu à Moscou, pour négocier la sortie de crise. En tant  que président en exercice du Conseil européen, il était accompagné par le président de la Commission européenne et par le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune. En tant que Président de la République, il était également accompagné par son ministre des affaires étrangères, M. Kouchner. Même s’il avait un drapeau tricolore dans une main et un drapeau étoilé dans l’autre, personne ne doute que c’est principalement au nom de l’Union Européenne qu’il intervenait. 

L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie sont deux régions du Caucase économiquement et stratégiquement clefs, la première à cause du pipeline transcaucasien, la seconde à cause du potentiel touristique de la « Riviera Géorgienne ». A l’époque de l’Union soviétique, ces deux provinces avaient  un statut autonome. Elles ont été officiellement rattachées à la Géorgie en 1991 sur fond d’exaspérations nationalistes. En 1992, elles se  sont déclarées indépendantes, avec le soutien des Russes, qui ont tout intérêt à les détacher du giron géorgien. Les conflits se sont alors multipliés, jusqu’aux combats de 2008.  Nous ne nous trouvons pas seulement en présence d’un conflit local. C’est d’ailleurs rarement le cas lorsque des éruptions politiques embrasent les failles tectoniques comme le Caucase ou les Balkans. Risquons une analyse géostratégique, bien entendu simpliste, mais permettant, espérons-le, de se représenter les forces en présence.

La Géorgie se trouve en ce moment sur la ligne de fracture entre les USA et la Russie. Candidate à l’OTAN, elle constitue un poste avancé de la politique de « containment » américaine. Depuis la fin de l’Union soviétique, les Américains ont progressé partout, dans toute la zone d’influence de leur ancien adversaire, de l’Afghanistan aux Pays baltes en passant par l’Irak, l’Ukraine, et la Pologne. Les Russes se trouvent acculés sur leurs propres frontières et leur réaction en Ossétie pourrait signifier leur détermination et marquer la fin de la progression américaine.

La Géorgie se trouve également à la frontière orientale d’un vaste ensemble disparate qui s’appelle l’Europe. Il est logique et même inévitable que l’Union Européenne cherche à consolider son élargissement à l’Est. Elle le fera, s’il le faut, contre la Russie, d’autant que celle-ci veut à l’inverse reprendre l’ascendant sur ses anciens satellites, au moins économiquement. L’Europe trouve par la même une occasion de se faire admettre comme un acteur diplomatique de premier plan, selon l’esprit du traité de Lisbonne, même s’il lui manque un facteur essentiel de l’action diplomatique : l’unité de décision.

Cette situation est-elle durable ? Dangereuse ? Cela dépend de la détermination des Russes et des Américains. Où est le droit ?  Il pèse peu dans ce jeu de puissants où les considérations stratégiques se mêlent aux intérêts économiques et aux exacerbations nationalistes. Que vient faire la France dans cette histoire ? C’est très difficile d’en juger. Elle est totalement absente dans la région, contrairement à l’Allemagne, et n’y exerce aucune influence. Elle n’a aucun intérêt à s’aliéner les Russes. Elle doit en même temps compter avec les Américains dont elle a besoin pour assurer sa sécurité et ses échanges stratégiques dans le monde. Entre ces deux géants, elle peut être une voie de conciliation. Est-elle contrainte de prendre parti ? Il est presque impossible de répondre de façon tranchée, et nous préférons laisser le lecteur apprécier.

Mais voilà, même s’il existait une réponse, elle n’aurait aucune importance : la France a perdu toute autonomie de décision au profit de l’Union européenne. Elle ne peut même plus se tromper de cheval ! Pourtant, il vaut mieux être capable de faire un mauvais choix que de ne pas pouvoir choisir du tout ! Car la France ne peut désormais que s’aligner sur les intérêts et les décisions de l’Union européenne. Comme si notre intérêt était avant tout d’être membre de l’Europe, au prix de l’abandon de toute politique strictement française. N’est-ce pas le cas en Afrique, d’où, conformément au Livre Blanc, nous nous désengageons progressivement.

Si bien que le président français n’est pas venu annoncer la reconnaissance par la France des frontières de la Géorgie, cette dernière s’en contrefichant d’ailleurs probablement. M.Sarkozy n’est même pas le porte-parole des 27 Etats européens. Il est venu comme le président de l’UE, pour affirmer au nom de l’UE la souveraineté de la Géorgie sur deux provinces disputées par la Russie. Nous touchons là un point crucial. En général, la politique étrangère d’un Etat souverain se fonde en premier lieu sur la reconnaissance de la souveraineté des autres Etats, c’est même un acte souverain par excellence, aussi grave que de déclarer une guerre, parce que les conséquences touchent directement l’intégrité d’une nation et sa place dans ce que l’on appelle non sans manières la « communauté internationale ». Et le fait que M.Sarkozy était accompagné par le « Haut Représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune », montre bien la volonté de mener une politique étrangère spécifiquement européenne. C’est bien l’esprit du Traité de  Lisbonne, même si la lettre ne le dit pas explicitement.

Or il se trouve que la souveraineté ne se partage pas. Il ne peut donc pas y avoir de poupées russes : un Etat souverain ne peut pas en contenir un autre. Si l’Union Européenne parle dans le concert des nations, alors la France n’a plus qu’à se taire.   Il ne s’agit pas d’adopter une posture étroite qui consisterait à dérouler des bobines de barbelé autour de nos frontières et à faire cavalier seul. Nous ne pouvons pas faire abstraction de notre environnement et notre pays est amené à coopérer dans tous les domaines où il ne peut agir seul, qu’il s’agisse de contrôle des espaces maritimes ou de prévention contre les catastrophes industrielles, ou bien d’autres sujets encore. La France peut même être amenée à déléguer temporairement et partiellement l’exercice de sa souveraineté à une instance européenne, ou à une organisation comme l’OTAN, l’OCDE ou l’ONU, pourvu que la coopération ainsi installée permette d’être plus efficace, en vertu du principe de subsidiarité. Mais l’Alliance Royale rappelle que toute alliance doit être maîtrisée, réversible et librement consentie, et c’est justement par la diplomatie que l’on peut maîtriser ses alliances. C’est pourquoi une nation souveraine digne de ce nom, quels que soient ses engagement, ne pourra jamais déléguer sa politique étrangère.

Les positions géostratégiques dans le monde sont en train de bouger. Quelle place la France doit-elle occuper ? Quel rôle l’OTAN doit-il jouer ? De quelle Europe avons-nous besoin ? On ne peut pas avoir confiance dans une République qui, avec ses aspirations universelles, n’a d’autre choix que d’abandonner la France à l’Europe et de susciter par là même un nationalisme exacerbé. Qui mieux que le Roi peut garantir la pérennité de la souveraineté française dans nos engagements internationaux ? A l’occasion de la campagne européenne, c’est toute la question de la souveraineté française que l’Alliance Royale entend bien reposer.

Bruno Castanier

Vendredi 12 septembre 2008

très bien relaté par notre rapporteur Christophe Paillard Délégué du Poitou

Mardi 9 septembre 2008




                                  
Adam Smith (1723 –1790)

                                               Une generation s’est écoulée. Sa problématique montre à quel point les isdées de Locke qui avaient fait un peu scandale à son époque, sont devenues communes dans le milieu universitaire anglais. Son grand ouvrage est « L’essai sur la nature et les causes de la richesse des nations », où il développe la théorie du libéralisme économique. C’est une construction à priori sans vérification expérimentale mais dont les conclusions sont tout-à-fait favorables au commerce anglais. La célébrité fut immédiate. Les riches bourgeois trouvèrent ses raisonnements fort pertinents.
                           C’est du Locke en plus cocasse.

 
                           Les hommes n’ont aucune sympathie les uns pour les autres mais ils ont intérêt à passer des contrats d’entre-aide. Non parce qu’ils ont de l’amitié les uns pour les autres mais parce qu’ils ont besoin les uns des autres. Pour Adam Smith, le propre de l’homme est….le commerce. C’est en cela à ses yeux, qu’il diffère des animaux. L’inclination à trafiquer serait la cause originelle de l’apparition du language. Les hommes, selon lui, sont foncièrement égaux en aptitudes, les différences entre les individus sont dues à la différenciation des activités(í). Ceci affirmé, il conclut que la vie en société n’a pas pour fin le perfectionnement des hommes les uns par les autres mais seulement le commerce. Et l’auteur réclame la liberté de culte pour toutes les religions, attendu qu’on va commercer avec toutes sortes de gens et qaue s’ils ne trouvent pas dans le port une mosquée, une synagogue, un temple shinto, ils seront de mauvaise humeur et les contrats seront moins juteux.

                             En conclusion, remarquons que ces modèles ne sont pas la systématisation de la patiente observation du fonctionnement d’une société saine. Il s’agit d’une société malade, l’édifice intellectuel est fondé sur des « à priori » invérifiables, aboutissant, après quelques raisonnements simplistes, à des conclusions tout-à-fait favorables au bien-être de l’Establishment dont les auteurs font, bien évidemment, partie.

                             Cette idéologie est une utopie des riches. Les pauvres sont les laissés pour compte du contrat social. Du reste, à l’époque, seuls les riches votent. Le droit de propriété ne donne pas un m2 de terre à celui qui n’a rien. La liberté d’expression ne donne aucun moyen de se faire entendre à celui qui ne sait pas s’exprimer parce qu’il n’est pas instruit ou, qui n’a pas les moyens de financer un journal. Ces « droits » n’assurent aucune justice au pauvre, à celui qui est victime d’une campagne de presse. Plus tard, et très vite, les socialistes, fils de bourgeois libéraux, remarqueront que tous étant égaux, il n’y a aucune raison que le contrat social rapporte plus aux uns qu’aux autres. Les plus modérés exigèrent l’extension des doits de l’homme : aux droits-immunités (1), il fallait ajouter les droits-créance (2), : droit au travail, à la santé, à la culture, au logement, aux loisirs, au bonheur…Les extrêmistes exigent la propriété collective des biens : le droit à tout ! (c’était déjà dans Hobbes : au départ, tout est à tous).

                              Mais alors, comme ce sont les riches qui ont les moyens d’expression et la propriété efective, il faudra assurer l’égalité par le despotisme. On oscillera toujours en pratique entre Hobbes et Locke, entre despotisme d’état ou despotisme du riche mais les frères ennemis se reconnaissent pour frères. Roosevelt reconnaîtra sans hésiter Staline comme un frère en démocratie.

                              Une postérité longtemps minoritaire : les anarchistes. Ils admettent tous les postulats libéraux sauf la nécessité réelle d’une autorité sociale. Plus besoin des droits de l’homme, de constitution, de division des pouvoirs, de démocratie. D’après eux, l’homme laissé à sa spontanéité naturelle bonne s’harmonise spontanément en une société respectueuse de chacun. Il suffirait d’essayer mais le complot mondial des curés, des fachistes, des banquiers empêche les généreux idéalistes de faire le bonheur de l’humanité. Aujourd’hui, sous une forme plus élaborée, ce sont eux qui ont le vent en poupe avec Freud et Marcuse.

 


(í) Dans la réalité, c’est exactement le contraire. Ce sont les diversités profondes d’aptitudes innées qui entraînent la différenciation des activités humaines. Une société complexe peut diminuer cette inégalité de départ et rendre les individus interchangeables dans une certaine mesure. L’éducation, l’instruction et les techniques permettent à un homme peur doué dans un domaine, de s’en tirer néammoins honorablement.

(1) Espaces de liberté dans lesquels l’état s’engage à ne pas légiférer, où il garantit l’immunité de contrainte.

(2) Droits à sa part du gâteau que l’état s’engage à partager autoritairement par voie législative.

(í) Le lecteur consultera avec profit Taine, Les origines de la France contemporaine, éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 1986,t,2, livre III, chap.1 : P

Lundi 8 septembre 2008

Une assemblée de trente et une personnes, composée de délégués, de militants de toutes régions, y compris de Belgique, et d’auditeurs libres et sympathisants se sont réunis le samedi 30 et le dimanche 31 août 2008 à Paris. Durant les même dâtes, 2  "universités royalistes" associatives avaient lieu en France qui eux aussi ont "planché" sur le retour de la Royauté et où se trouvaient des sympathisants et adhérents de notre Parti Politique de l'ALLIANCE ROYALE mais qui ne pouvant se diviser avaient opté pour ce qui leur semblait le mieux pour leur action sachant que nous travaillons en synergie avec eux.

Samedi après le discours d’ouverture du délégué général Cyrille Henrys, qui a axé l’université d’été de l’Alliance Royale sur le fil rouge des élections européennes, Georges Jakovlev a exposé un projet économique et social royaliste. Ensuite Paul Ginoux de Fermon qui est  à la fois membre de l’Alliance Royale et de l’association Union pour la Vie a fait un exposé-discussion sur la politique de la défense de la vie.

Bruno Castanier a poursuivi les travaux en présentant  la plate-forme de l’Alliance Royale pour les élections européennes, et enfin conclure par une conférence sur la symbolique royale, en substitution de la conférence sur Pierre Boutang que Pierre Van Ommeslaeghe n’a pu assurer.

Dimanche, l’assemblée a bénéficié de l’expérience d’une stratégie d’opposition intelligente appliquée par un élu de l’Alliance Royale (Yves Méra) dans une ville de plus de 10.000 habitants, suivi d’un exposé trop court sur le livre blanc de la défense, Cyrille Henrys a tiré  le bilan de l’université d’été et tracé les perspectives d’avenir de l’Alliance Royale.

Lundi 8 septembre 2008
Du « Devoir du Prince » et du « Fait du Prince »… par Portemont


Un grand débat s’est engagé. Et comme il se doit, ce sont des spécialistes qui s’expriment sur un tel sujet d’actualité. De très grands spécialistes : Messieurs François Bayrou, Julien Dray et Patrick Devedjian…

Retrouvez l'intégralité de l'article que nous avons mis en ligne
sur notre site en cliquant sur le lien:

http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article7311.php

Vendredi 5 septembre 2008

Un établissement d’éducation nationale a vu ses murs souillés de croix gammées symbolisant l’abominable national-socialisme du siècle dernier. L’indignation est à son comble, et on le comprend aisément.

Radio-France, autre établissement public, sera partenaire de la “fête” de l’Humanité, dernier journal communiste d’Europe, ayant cautionné les 100 millions de morts victimes de l’abominable international-socialisme du siècle dernier. Aucune voix autorisée ne s’en émeut : y a-t-il quelque chose à comprendre?

Jeudi 4 septembre 2008

 

Faisant suite à l'envahissement de la villa de Christian Clavier, l'ami intime de Nicolas Sarkozy, et au limogeage du patron de la sécurité publique en Corse, nos sources bien désinformées à l'Elysée font état du limogeage imminent d'un certain nombre d'autres fonctionnaires qui ont lamentablement échoué à protéger la villa de l'acteur ex-comique.

Seraient entre autres visés le directeur de l'INRA de Corse qui a fourni la semence du gazon qui n'a pas poussé dans les somptueux jardins de la villa de Christian Clavier mais aussi le directeur du lycée professionnel de Bastia qui a formé le plombier - actuellement en fuite - qui a installé les sanitaires qui se sont bouchés le 4 août dernier alors que l'acteur recevait en sa villa tous ses amis dont Jean Reno et Johnny Halliday.

Par ailleurs, l'architecte des Bâtiments de France en Corse du Sud serait muté à Haumont pour avoir refusé à Christian Clavier l'installation de volets métalliques blindés de couleur mauve. Le chef du SDIS (Service Département d'Incendie et de Secours) serait lui aussi sur la sellette pour n'avoir pas réagi suffisamment tôt à un feu de poubelle qui a légèrement noirci le mur d'enceinte de la résidence secondaire du l'Ami du Président.

Charles-Edouard Dubonchoix, chef de la cellule "bien être et prospérité des personnes à fort pouvoir d'achat" au cabinet du président de la République martèle "que la vie des honnêtes riches ne saurait être gâchée par l'incurie de quelques fonctionnaires".

Le gouvernement étudie la création d'une réserve naturelle immobilière sur les côtes sauvages de l'île de Beauté pour attirer les investisseurs. D'après nos désinformations, le milliardaire russe Roman Abramovitch aurait déjà préempté quelques kilomètres de côtes afin de créer un port d'attache pour ses nombreux yachts. En cas d'accord, toujours selon nos sources bien désinformées, le milliardaire propriétaire du Football Club de Chelsea aurait déjà proposé à Nicolaï Sarkozytch de venir évacuer le stress de sa présidence de l'Union Européenne et de la gestion de la crise en Géorgie dans son plus beau yacht, le Predator, actuellement ancré dans le port de Saint-Tropez.

finallement puisque les Français "adorent" le genre presse à sensation sur fond de paparazzi ils n'ont ....que ce qu'ils meritent! ........des gouvernements de république bananière.

Jeudi 4 septembre 2008







   ARMEE EUROPEENNE OU FUTUR POT POURRI MILITAIRE ?

Jeudi 4 septembre 2008

La délégation des Yvelines de l'ALLIANCE ROYALE remet sur son blogue les fondamentaux de l'Alliance royale sur le sujet de la question monarchique; ce sont des points qu'il faut régulièrement rappeler.

pour les réponses aux autres questions il est nécessaire de les reconsulter régulièrement et de s'en imprégner dans les dossiers permanents de la colonne gauche du présent site.

Mardi 2 septembre 2008
 

1-      Locke (1632 – 1704)

 

Venu une génération plus tard, il civilise les idées un peu sauvages de Hobbes. Ses ouvrages importants sont : lettres sur la tolérance et le Traité du gouvernement civil. Ils peuvent être considérés comme la bible du libéralisme politique. Avec lui, la « sociologie » libérale atteint sa formulation quasi-définitive. Rousseau et Montesquieu ne feront que réécrire avec élégance des idées qu’il formule pesamment. John Locke est le type du lourd bourgeois anglais qui a appelé au pouvoir le hollandais Guillaume d’Orange en 1688. il participera d’ailleurs longtemps au gouvernement, se distinguant par son intégrité dans une époque où on ne l’était guère.

Quelles sont les idées maîtresses de Locke ? On en trouve quelques-unes dans la Lettre sur la tolérance où il explique la politique de son maître Guillaume d’Orange : il faut tolérer toutes les religions sauf la religion catholique.

 

Voici pourquoi : la fin de l’état, dit-il, est de protéger les biens fondamentaux : la liberté, la vie, la propriété. La religion est donc hors de sa compétence, elle qui ne s’occupe que de mystique, prières, bienfaisance. Dieu seul peut juger quelle religion est vraie : que donc chacun s’occupe de se rendre meilleur soi-même, et n’aille pas embêter le prochain avec ses idées, du moment que le prochain respecte la liberté, la vie et les biens. Les sectes protestantes acceptent bien ce contrat car elles ne sont qu’une association de gens qui exercent en commun leurs convictions individuelles, et qui changent sans hésiter de secte quand ils changent d’interprétation de la Bible. Au demeurant, ils sont utiles et l’état doit les protéger car des gens qui ont une religion seront honnêtes et paisibles et ils respecteront leurs contrats : ce qui est très bon pour le commerce. Par contre, la religion catholique est un danger permanent : elle prétend avoir mandat de Dieu pour dire le bien et le mal, elle prétend dans son domaine propre échapper à l’autorité de l’état. Enfin elle prétend que l’état a d’autres devoirs que ceux d’assurer la prospérité du commerce.

 

Dans le Traité du gouvernement civil, paru plus tard, il systématise ses idées.

 

D’abord, l’homme ne peut pas être rendu meilleur par la vie sociale. L’homme est un être passionné, avide et égoïste qui reste toujours le même sous le vernis que peuvent donner passagèrement les coutumes d’une époque paisible. Quinze siècles de christianisme en Angleterre ont laissé l’homme aussi cruel et féroce qu’avant le Christ, comme on l’a bien vu sous Cromwell. Au fond, les hommes sont foncièrement égaux, jouets de leurs passions, sans qu’on puisse dire que l’un est plus vertueux ou plus capable que l’autre.

 

Faisons attention à ce point, il est important : tous les hommes sont égaux veut dire qu’un délinquant vaut autant qu’un honnête homme. L’un comme l’autre sont menés par leurs passions. Quand Rousseau dit que les hommes sont tous également bons par nature et quand Hobbes dit qu’ils sont tous également mauvais et féroces par nature, l’un et l’autre veulent dire la même chose : l’homme n’est pas réellement perfectionnable par la Loi. On ne doit pas faire de différence entre les « bons » et les « mauvais », du moment qu’il n’y a pas d’inconvénient pour l’ordre public. La vertu est une illusion. En termes chrétiens, on nie ici, soit le péché originel en disant que tous sont bons et n’ont pas besoin de Rédemption, soit la Rédemption en disant que tous sont mauvais. Le résultat pratique est le même. Mais il y a une conséquence qui suit toujours : Si l’utopie ne marche pas, ce n’est pas parce que le mal à corriger est au-dedans de l’homme, c’est parce qu’il y a des « salauds » à exterminer. Retenons cela : Rousseau le dira explicitement, Robespierre, Lénine, Mao, Pol-Pot le mettront en pratique.

 

Mais alors, remarque Locke, Aristote se trompait quand il disait que l’homme est un animal politique. Aristote enseignait que l’homme est incliné naturellement à vivre en société, parce que c’est par la cité, au contact avec les autres, perfectionné par les qualités des autres et par les lois bonnes, que l’homme peut atteindre sa perfection. Hobbes a, contre cela, un argument typique de bourgeois : le prochain n’est pas un ami, dans la société, c’est un prédateur rival. Vous fermez votre porte à clé parce que vous savez bien que s’il le peut, le prochain va vous voler votre bien. Donc la cité n’a pas pour fin naturelle de rendre les hommes meilleurs. Quand le prince fait des lois il est illusoire qu’il se donne pour fin de rendre les citoyens vertueux. Le prince doit avoir pour fin la préservation du bien, de chacun : la vie, la propriété, la liberté. Si les hommes vivent ensemble, ce n’est nullement parce qu’ils y sont inclinés par nature. Par nature, l’homme est indépendant. Locke comme Hobbes, étaye son utopie sur « l’état de nature », qu’il essaie d’imaginer de toutes pièces à partir de ses a priori : un être étrange, jouet de ses pulsions passionnelles, férocement indépendant et asocial. Ce sera le « bon sauvage » de Rousseau. Bon, parce que bridé par aucune contrainte sociale. Toutes ses pulsions s’exerçant librement, elles sont spontanément harmonieuses. Le bon sauvage n’est aliéné par rien. Il est vertueux parce que libre.

 

La liberté au sens d’absence de contrainte, est donc la valeur suprême. Comment se perd-elle ? Parce que les hommes renoncent à leur indépendance pour s’enrichir. L’homme, sans y être incliné par nature, au contraire décide de vivre avec d’autres pour s’enrichir et accepte, en contrepartie, de limiter son indépendance. C’est un contrat : la meilleure société sera donc celle qui assurera à chacun le maximum d’enrichissement avec le minimum de contraintes. Et puisque le but essentiel de la vie est de s’enrichir, il y a un minimum de garanties sans lesquelles le pouvoir sort ipso facto du contrat social, devient illégitime, devient « un monstre en politique » disait l’Abbé Grégoire. Lesquelles ? Les droits de l’homme : la vie, la liberté, la propriété. Avant même toute promulgation de constitution doivent être posées ces garanties fondamentales sans lesquelles le contrat social est impensable.

 

Pourquoi faut-il un pouvoir au fait, alors qu’il pose tant de problèmes à la liberté ? mais parce que sans un pouvoir qui fasse respecter les contrats, ce serait la jungle et la loi du plus fort. Le souvenir sanglant des années de guerres civiles est encore tout frais pour les contemporains de Locke ; ils ont senti dans leur chair ce que coûte l’anarchie. Donc il faut un prince. Mais qu’est-ce qui garantit que le prince, une fois au pouvoir, respectera le contrat, puisqu’il a la force. Car aux yeux d’un libéral, l’idée que le roi puisse aimer son peuple comme un père aime ses enfants et, que ce dévouement soit la meilleure garantie contre la tyrannie, cette idée est étrange et irréelle. Il est acquis que l’homme est un prédateur asocial. Et bien, on va diviser les pouvoirs : législatifs, exécutif, judiciaire. Chacun surveille les deux autres et si l’un a les griffes trop longues, aussitôt les deux autres s’unissent contre lui par instinct de conservation. C’est touchant de simplicité géométrique. C’est donc si simple, la sagesse ! Ce problème, Locke l’a vu se poser sous ses yeux lorsque le parlement décida d’importer un roi de Hollande. Pas de légitimité, pas d’amour, pas de devoirs mutuels. Un contrat. Le peuple (c’est à dire la minorité riche et influente qui s’identifiera plus tard sous le nom d’ « Establishment ») se choisit un roi. Et c’est sous les yeux de Locke que le système parlementaire moderne commença à se rôder. Désormais, la monarchie tempérée traditionnelle qui existait en Angleterre à peu près depuis Jean sans Terre, devient une démocratie idéologique.

 

Quelle garantie que le contrat social correspond bien à la volonté des individus libres et égaux ? le vote. Il permet d’adapter les lois à l »état actuel du compromis mutuellement avantageux et accepté globalement.

 

Tout y est. Même l’idée de progrès est en germe dans l’idée d’un gouvernement d’autant meilleur que la richesse augmente avec la liberté.

 

Et la science ? Locke a sous les yeux les débuts de l’industrialisation anglaise. Et il a une intuition remarquable qui résume un état d’esprit latent depuis la renaissance : la science qui produit des machines, la science qui rapporte est la « vraie » science. Parce qu’elle rapporte. Elle contribue au progrès. Et il résume son intuition ainsi : « Science is power ». La science, c’est le pouvoir de transformer le monde.

 

 

1-                                                     (prochainement) Adam Smith (1723 –1790)

  

Vendredi 29 août 2008
 

1-      Hobbes (1598 – 1679)

 

Les idées de Hobbes sont le produit de son tempérament, de son athéisme et de son milieu. Pour lui, l’homme est une bête fauve qu’on ne peut rendre meilleure. Le monde est mauvais, l’homme est mauvais. Il n’y a pas de Dieu, ni de bien et de mal en soi. Le Bien est ce qui est utile. Les hommes dans l’état de nature sont tous égaux et ont tous un droit égal à tout. Ils sont donc par nature dans un état de guerre perpétuel.                

Or, en politique, le pire des états sociaux est l’anarchie : le pouvoir doit donc être e=despotique et absolu (puisqu’il n’y a aucune morale) pour forcer les fauves à être en paix et à prospérer. Et la religion ? elle doit être soumise au despote qui la bridera pour assurer la paix sociale, comme l’ont fait avec succès Henry VIII et Elisabeth. Son ouvrage le plus célèbre est « Léviathan ».

 

C’était un homme très brillant intellectuellement. Il était d’un tempérament violent et entier qui lui faisait mépriser sans hésiter les travaux de ses prédécesseurs et d’une logique redoutable qui ne reculait devant aucune conséquence des principes une fois posés. Ses idées sont le reflet à la fois de ce tempéra&ment et des évènements qu’il voit sous ses yeux. (il est contemporain de Cromwell). Le sang le sang, à cette époque. Les sectes protestantes de doctrine communistes, appliquant le terrorisme, surgissent partout (í). Il embrasse passionnément le parti royaliste qu’il entreprend de défendre avec deux idées-forces : la propriété et le despotisme. D’autres affineront ensuite ses idées. Mais tout l’essentiel y est, sauf la démocratie obligatoire et la séparation des pouvoirs.

 

Retenons des idées essentielles : c’est lui qui invente l’hypothétique « état de nature ». tous les hommes, pour lui, sont égaux dans l’état de nature. Et comme ils sont foncièrement méchants, ils sont en état de guerre permanente dès qu’ils se rencontrent. La seule issue, pour lui, est le despotisme qui les force à vivre en paix sous des lois arbitraires. Il est athée : Dieu n’existe pas, la création est mauvaise, l’homme est mauvais. Il est un conglomérat de passions et ne peut être amendé. La vie sociale n’a pas pour fin de le rendre meilleur. La vertu n’est qu’une apparence imposée par l’ordre social despotique. La seule valeur morale est l’utilité : ce qui rapport. La loi peut être inventée comme on veut : il n’y a pas de commandements de Dieu à respecter, ni de vie éternelle à préparer dans cette vie. L’état « contient » les religions pour les forcer à vivre en paix sans permettre qu’aucune prétende à la vérité. Il y a un côté visionnaire chez Hobbes. Son « Léviathan » est exactement l’état administratif anonyme et impitoyable qui règne sur des individus déracinés et sans défense. Il l’appelle « l’homme artificiel », « le dieu mortel » et il lui applique les paroles bibliques : « il n’a pas son pareil sur la terre. Il a été créé sans peur. Il porte son regard intrépide sur tout ce qui est élevé : il est le souverain de tous les fils de l’orgueil ». Et parmi les plus graves dangers qui menacent l’état-Léviathan ? Hobbes compte le fait de croire que ce que l’on fait à l’encontre de sa conscience est nécessairement un péché.

 



í Voir Chafarevitch, op cit, p 55, Les sectes de la révolution anglaise de 1655.

Jeudi 28 août 2008
Sur le blogue des http://royalistes17.over-blog.com/ (...)à lire analyse de Christophe Paillard délégué de l'Alliance Royale pour les Charentes et le Poitou

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